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[nettime-fr] Dossier / à ceux qui doutent encore de pouvoir défendre Bat
Louise Desrenards on Thu, 18 Mar 2004 17:22:14 +0100 (CET)


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[nettime-fr] Dossier / à ceux qui doutent encore de pouvoir défendre Battisti


    Parce que Battisti est un romancier populaire, la mobilisation pour le
défendre ne s'est pas trouvée majoritairement portée par les intellectuels
de la pensée critique, ne lui seraient-ils pas hostiles et certains
auraient-ils signé sans délai, mais par des acteurs de la culture, éditeurs,
romanciers, cinéastes, graphistes, poètes, artistes, et des enseignants, de
sorte que c'est devenu une affaire citoyenne, quand au contraire la cause de
Persichetti, maître de conférence à l'université de Paris VIII, alla
jusqu'au Collège de France, hélas en vain. Souhaitons que ce mouvement
entêté portera sa singulière certitude jusqu'à la meilleure issue, pour lui
et pour ses amis réfugiés, voir aussi, celui extradé sans formalités en
plein mois d'Août, mais qui n'est pas oublié. Telles sont les premières
raisons d'en débattre ici.

Contre la désinformation c'est essentiellement un site, en nom propre, animé
pendant la captivité par à un ami proche qui informe directement de
l'oeuvre, de la personnalité et de la défense personnelles de Battisti, où
celui-ci se présente droit debout, tel qu'il est, devant le pays qui le
condamne et devant la communauté européenne (y compris le monde anglophone,
comme plusieurs de ses livres ont été traduits en anglais et distribués aux
Etats-Unis), http://www.cesarebattisti.net/ redirigé sur
http://www.vialibre5.com/, qui a transmis et poursuit de communiquer le
progrès de la mobilisation et des explications ou des témoignages.

Ce sont encore deux sites tenus depuis l'Italie dans un environnement
généralement hostile, par des Italiens solidaires qui réactivent le devoir
de mémoire dans un combat de chaque instant avec les médias, animant un
débat qui défie la peur de la délation toujours active, que s'exprime le
recentrement à distance de l'histoire et le développement de la réflexion
critique, le bilan politique, que jamais personne là-bas ne s'était encore
livré de manifester irrésolu. http://www.carmillaonline.com/.

C'est donc mieux qu'ailleurs dans ce lieu virtuel sans spécialité de la
cause, la liste de diffusion francophone large qu'est nettime.fr ,concernée
au titre de son domaine de sensibilité thématique : le web, l'art, et la
culture, qu'il paraît nécessaire de faire une entrée urgente, pour rétablir
les effets pernicieux de quelques rumeurs, à moins de trois semaines de la
prochaine rencontre judiciaire, ce jour même du 18 mars, inauguration du
salon du livre à Paris, où Battisti entouré de ses amis se tiendra au stand
de ses éditeurs.

Le cas Battisti ne peut attendre et Internet est le lieu incontournable de
ce débat.

Impossible de traiter la question sous forme de slogans et de mots d'ordre
quand la désinformation s'organise en convoquant la morale sur des tabous,
nous ne voulons pas tomber dans le piège du pour ou contre, il ne s'agit pas
de l'affaire Dreyfus, ni de la question du bien et du mal, mais d'une
affaire de droit. Cela ne peut que s'expliquer, il faut prendre le temps de
l'expliquer. Comprendre ce n'est pas se faire manipuler.


    "Respect de la parole donnée"

    "Respect de la parole donnée": un engagement réciproque. Pour Battisti
et les réfugiés politiques, en France, cela suppose qu'un contrat passé avec
l'Etat ait été respecté : oui, Battisti a radicalement rompu avec la
violence.
    Sous la clause du respect par les réfugiés, en échange, l'Etat français
a pris l'engagement de ne pas retirer sa protection.

S'agissant de l'actuel président de la république, le respect de la parole
donnée comprend quatre points, tout à la fois constitutionnels,
institutionnels, politiques, administratifs et symboliques, qui ne peuvent
être transgressés sinon par l'avancée d'une faute grave contre la
citoyenneté déclarée.

1. L'actuel président Chirac, en toute connaissance de cause de la situation
italienne dans les années 80 et 90 et en tant que chef de parti lui-même à
cete époque, a pris, aux côtés d'Alain Juppé, la responsabilité de l'accueil
de Cesare Battisti en France. En effet, c'est Alain Juppé, premier ministre
du second gouvernement de cohabitation, qui fit procurer à Cesare Battisti
une carte de séjour pour dix ans.
    Ceci sur la base d'un acte présidentiel suite a la rupture sociale et
politique en Italie (la police s'autorisant souvent sans les juges):
Mitterand, dans un rôle de médiateur pour le retour de la paix civile du Sud
transalpine, en vue de la meilleure intégration de la communauté européenne,
trouva une solution dans l'exil des militants activistes, en proposant un
refuge sur le territoire français selon un accord de parole réciproque.

2. La constitution sous laquelle J. Chirac dirige le pays est la même que
celle sous laquelle Mitterand le dirigea avant lui (lequel l'amenda en
annexe, concernant les droits de l'homme compatibles avec la communauté
Européenne - notamment en supprimant le devoir d'insoumission devant
l'infamie mais en maintenant le droit d'asile): c'est la constitution de la
5ème république, toujours présidentielle.
    Le président doit assurer la continuité de ce qui n'est pas prescrit
constitutionnellement - y compris les engagements extérieurs pris
antérieurement dans ce cadre restant en vigueur (aurait-il lui-même amendé
sur la durée du mandat présidentiel) ; il n'est pas le gardien de la
constitution - c'est le conseil constitutionnel - mais il est responsable de
son application, de sa cohérence et de sa continuité politiques (le droit
d'asile).
    Le respect de la succession présidentielle (à la fois le droit d'asile
et la parole donnée du droit d'asile)ne pourrait être transgressé par
Jacques Chirac sans dommage pour la crédibilité de l'image présidentielle,
ni pour le pacte social symbolique dans lequel, en France, la paix civile
est elle-même contenue.(il en va des réfugiés politiques comme des
communautés sociales en présence). Cela est à comprendre dès la fondation de
la constitution ouvrable au vu du caractère politique qui l'a inaugurée.

3. Ainsi, Jacques Chirac se situe dans la sensibilité politique Gaulliste.
Or la 5è république est celle qui a été inventée par le général de Gaulle
(qui n'a pas négligé la perspective européenne); chacun sait que le devoir
d'insoumission, le droit d'asile, l'amnistie, et l'autonomie, sont les
quatre règles par lesquelles de Gaulle s'étant soulevé lui-même s'est exilé,
a été victorieux (rétablissant la place internationale de la France par
l'attitude critique de l'affirmation de son autonomie, avant même de tenir
d'autre puissance), a gouverné puis a restauré par trois fois la paix civile
au cours de sa propre carrière politique, et par ces trois attributions
indivisibles, d'avoir pu mener des périodes autoritaires sans tomber dans la
dictature.
    Ainsi s'est caractérisée une singularité critique nationale, locale mais
persistante aujourd'hui (le pétrole français Irakien en fut-il la cause on
se souvient de l'opposition aux Etats-Unis il y a un an) et au titre de
laquelle la France a pu jouer un rôle conséquent dans la formation
Européenne au moment de la présidence Mitterand.     C'est encore
l'inspiration sous laquelle les dernières dictatures purent s'achever
pacifiquement avant la fondation communautaire : en effet, la clause
d'insoumission a structuré le concept gaullien d'amnistie, concept
exclusivement politique (non pénal) par lequel l'amnistie présidentielle
opère légalement la réconciliation de deux camps en guerre, effectuant la
restauration de la paix civile dans le même principe que la paix
internationale.
    Malgré la disparition du devoir d'insoumission en référence de la
constitution rénovée, cette ancienne clause ultime de la minorité sous le
régime de la majorité, parmi les droits de l'homme acquis de la révolution
en France, demeure active dans la conscience populaire, car elle a conquis
une exemplarité imprescriptible (eu égard à la Shoa) des actes de la
Résistance minoritaire contre les Nazis, en pleine collaboration du
gouvernement et du peuple français. C'est une des occurences locales de la
polysémie "liberté".
    Le concept gaullien d'amnistie est un concept duale, intégrant les
différents points de vue en présence, qui suppose un rituel d'élévation de
l'Etat, sous sa représentation suprème (ici le président de la république,
en Italie le président du conseil, etc) ; ainsi l'amnistie après l'Algérie
s'appliqua autant aux déserteurs insoumis et aux soutiens du terrorisme
algérien par les réseaux de solidarité (l'anthropologue Germaine Tillon
elle-même relata ce choix) qu'au camp des militaires factieux et aux membres
de l'OAS. Sans amnistie, derrière des ruptures nationales ou des situations
de guerre civile, pas de paix civile possible sans dictature.
    De Gaulle c'est le principe de l'amnistie lui-même, définissant la
limite entre la république ou la démocratie et la dictature, fut-elle celle
d'un homme, d'une oligarchie ou d'une bureaucratie parallèles ; car c'est
bien ce concept d'amnistie qui attribue la dimension démocratique au régime
présidentiel de la cinquième république, le distinguant de la dictature,
sous la constitution qui rend encore les présidents français éligibles comme
présidents de la république toujours actuels en démocratie.

4. Enfin, dans le cas où la loi Perben récente créérait une nouvelle
situation du dossier des réfugiés, (ce qui est peu probable au regard des
Juges, du moins concernant les instructions ouvertes auparavant), vu les
autres nécessités rétrospectives à suivre, pour le président, il lui
reviendrait de devoir exercer la gràce présidentielle.


    Quand au reste des préocupations publiques : la question morale n'est
pas à envisager du point de vue du chef d'accusation, dès lors qu'il s'agit
d'aveux de repentis sous pression de la récompense ou sous menace, sans
présence ni défense de l'accusé, et sans procès d'appel autorisé. Sinon sous
un sytème qui ne relève plus du droit respectable en matière de justice
légale. Par conséquent, en aucun cas la question de la vérité des
accusations ne pourrait être prise en compte, ni même posée, sauf à créditer
une loi inique et une justice irrespectueuse des droits de l'homme.
    Déroger de ce refus en France reviendrait à adopter une position
spécieuse relative au droit, mettant en jeu le déséquilibre du pacte social
lui-même. Ni le bien ni le mal ne doivent être requis au regard de
l'accusation - et par conséquent moins encore au regard de la pénalisation -
dans l'affaire des réfugiés du moins ici, sous notre propre loi en toute
connaissance de la problématique de violence dans laquelle se trouvaient ces
exilés en demande de protection, lorsqu'ils furent accueillis au titre de
notre propre histoire critique, cohérente dans le dispositif européen
inachevé.
    Si l'Italie ne s'est pas saisie de l'ouverture qui lui était ainsi
faite, n'entendant pas l'amnistie à notre façon, mais en prolongement de la
criminalité non de l'opposition politique et par conséquent attribuable à un
seul camp, celui resté au pouvoir - ce qui le désempare de stopper sa propre
violence (se poursuivant en vengeance) - c'est son problème ou même son
droit, mais surement pas les nôtres et moins encore d'en subir la pression
telle une ingérence (que nous nous ne nous permettons même pas de faire en
Italie).


    Le développement par les médias
    des arguments populistes en région européenne
    dans le climat global actuel:
    leur source de fait et ce qu'ils révèlent

    Ces jours-ci, monsieur Berlusconi (qui avait reçu personnellement le
président Bush à ses propres frais après avoir été lui-même reçu dans le
ranch de ce
président américain en 2003), vient d'amnistier le responsable attribué pour
l'attentat massif de la banque nationale de l'agriculture à Milan (un des
attentats de
la série putchiste impliquant des factions de l'armée et de la police, la
mafia, l'extrême droite associée à la loge P2, aux ordres des services
secrets du Vatican et sous le regard du CIA, en 1969) qui se trouvait
réfugié au Japon ; il peut donc revenir libre en Italie où les contre
fascistes, que furent aussi les militants de la lutte armée de l'extrême
gauche, demeurent emprisonnés où sous contrôle.
http://www.confidentiel.firstream.net/imprimer.php3?id_article=118
http://www.liberte-cherie.com/forum.php?FID=37537&cl=4

D'un autre côté, aujourd'hui, personne ne pourrait plus nier que le cas du
réfugié politique Battisti, ex leader du groupe prolétarien révolutionnaire
armé (parmi tous
ceux qui se levèrent à l'instar de Lotta continua et des Brigades Rouges),
ayant rompu avec la violence et les activités militantes sans avoir
dénié la responsabilité de ses engagements passés, devenu romancier par la
catharsis de sa propre expérience inspirant ses fictions, co-auteur de la
série Le Poulpe, publié plusieurs fois chez Gallimard dans La Noire, aux
Mille et une Nuits, chez Joelle Losfeld (le roman "Le Cargo Sentimental" dit
l'Italie tragique et la desespérance de
l'exil voyageur dans le monde des dix dernières années), se présente
clairement dans un tableau régionnal et global Européen qui ne peut plus
être dissocié de la campagne de désinformation et de manipulation, peu
importe que les sources fussent des vrais ou des non événements,
assortissant en synchronie, par exemple l'instruction de la demande
d'extradition, avec la loi Perben et les rumeurs d'attentats férroviaires en
France, avec la campagne de haine populiste en Italie, avec - hélas -, la
réalisation des attentats multiples en Espagne, avec la campagne médiatique
succédant immédiatement aux attentats au regard d'un certain nombre de
pressions américaines - autorisation donnée au FBI par le gouvernement
fédéral pour le krack des banques de données des
fournisseurs d'accès Internet et notamment en direction de l'Europe, dans le
cadre des mesures de sécurité anti-terroristes - voir le New-York times du
15 mars -) etc... le tout en climat pré-électoral et électoral dans
plusieurs pays de la communauté, comme aux Etats-Unis, quand on sait que la
constitution européenne était bloquée sans ouverture possible, depuis
quelques mois, du fait de l'intervention unifiée de l'Italie, de l'Espagne
de Aznar, et de la Pologne.

A ceux connaissant l'histoire de l'Italie à la fin de la post-modernité
qui se posaient néanmoins la question de savoir "pourquoi Battisti
précisément?" tant il y a d'autres cibles dans la même famille politique,
maintenant on pourrait
répondre au moins, dans la visée de la guerre de désinformation accompagnant
visiblement le climat électoral (ici comme aux Etats-Unis d'ailleurs et sans
parler de l'Espagne...) à la lueur sinistre des attentats de Madrid qui
environne son cas, pourtant sans rapport, sinon par une dérive analogique
douteuse de la part de certains hommes politiques et journalistes, qu'une
part des causes revienne probablement à l'objet médiatique qu'il
représenterait donc dans une telle stratégie des medias, mieux que tout
autre
en tant qu'auteur de polars plutôt qu'intellectuel. Et la "punition" n'en
serait que plus intéressante pour le public italien réclamant après le pain
les jeux.

Après une dictature tardive les journalistes espagnols en
pleine mémoire des salles de rédaction soumises n'ont pas manqué de réagir
immédiatement en citoyens, devant leurs patrons sous pressions, le
peuple réagissant plus fermement encore pour signifier son désaccord dans
les urnes...
nous sommes loin d'une situation semblable en Italie. Là, ceux qui purent
provoquer les attentats les plus meurtriers en les imputant à des militants
qui ne les avaient pas commis, pour partie d'entre eux sont encore au
pouvoir aujourd'hui. C'est dire si aucune pratique n'a changé, de déplacer
les responsabilités en cause vers des cibles toutes désignées par les
repentis (cette loi qui avait été faite contre les mafieux se retrouvant
utilisée contre les politiques), pour effacer la mémoire des actes sédicieux
commis avec des complicités du pouvoir, même s'il y a
longtemps, puisque, bon an mal an, ce pouvoir un instant ébranlé parvint
finalement à se maintenir en toute respectabilité, sur fond de généreux
donateur et meurtre virant à répression pénale totale de l'ancienne
gauche révolutionnaire, y compris les anarchistes pacifistes.

Ainsi la nouvelle gauche italienne, sensibilité radicale voire
activiste comprise, est tenue au silence sur les années de plomb tandis que
les
anciens attendent l'oubli définitif sous le protectorat des geôles... il
résulterait
environ 2000 prisonniers ou contrôlés, assimilés politiques de toutes
tendances, en
joyeuse démocratie Italienne pour les autres, dit-on.

Or parmi nous "percepteurs de medias" il reste ceux, tous ceux qui devant le
"dévoilement" manipulateur, planant sur le cas Battisti, se laissent
effrayer devant un tel assaut de justice et de bonne morale pourtant
fabriqués à l'évidence, tant l'excès de l'information exhibe lui-même sa
propre manipulation... Mais cela impressionne, et même traumatise la
conscience, paralyse la conscience critique. C'est qu'ici la Presse s'est
également concentrée autour du Président, notamment depuis deux ans :
aujourd'hui même, Dacier et Lagardère alliés du pouvoir en place détiennent
ensemble 80% de la Presse édition (y compris les livres) et des médias (y
compris les chaines
de télévision), et Lagardère le monopole de la distribution de la Presse, le
tout roulant sur l'une des anciennes compagnies des eaux - l'eau comme le
pétrole sont d'inépuisables gisements de revenus. Pour mémoire de la
délocalisation, on se souvient du rôle de la Presse américaine autour de
Bush, notamment visible au moment de la décision pour la guerre en Irak. On
sait de plus le retour opportun de Murdock dans des intérêts médiatiques aux
Etats-Unis (et son rachat de radios numériques).

De ci, de là, peu à peu, les questions quoique amicales montent
exprimant le doute, devant le mal représenté par celui que nous défendons -
quand nous pensons défendre les principes mêmes sur lesquels reposent nos
libertés décisives, quoique déjà bien restreintes, avant la constitution
européenne qui nous apportera plus de démocratie directe, peut-être, à
entendre que nous sommes quelques uns convaincus de la gravité de l'omission
du devoir
d'insoumission devant l'infamie par la communauté européenne, et qu'en
attendant mieux il ne resterait donc qu'à devenir plus fermes sur le droit
d'asile, déjà bien entamé contre les immigrés, devoir que par conséquent
nous ne saurions accepter de subir limité à quelque titre que ce soit du
bien ou du mal, dès lors qu'il aurait été accordé, et notamment ne pouvant
trahir des réfugiés politiques respectueux de leurs engagements réciproques.

C'est à dire là, ici même pour le dire en Europe, si l'énergie positive
apportée aux juges et aux avocats pour Battisti servira non seulement la
cause des autres réfugiés mais encore le pacte de nos propres libertés.
Après le 11 mars, les espagnols confiants dans leur jeune démocratie,
émergerait-elle d'une monarchie constitutionnelle, n'ont pas réagi au
traumatisme comme la démocratie américaine après le 11 septembre, bien au
contraire ; dans le cas de l'affaire Battisti, le défi que l'Italie de la
honte lance à notre gouvernement du plebiscite ne nous rapproche pas plus de
la réaction américaine que de l'hypothèse italienne, mais nous appellerait
plutôt du côté de la belle détermination et de l'ouverture du peuple
d'Espagne.

Quant à la situation des italiens réfractaires à leur régime, nousne pouvons
rien faire sinon les lire pour comprendre, lorsqu'ils expliquent....

Louise
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EXTRAITS DU SITE
http://www.vialibre5.com



Comment fabriquer un monstre. Cesare Battisti et les médias
par Valerio Evangelisti (Italie)

Intégral (version réduite dans l'Humanité)
http://www.vialibre5.com/valerioevangelisti-huma.htm


    « Cet imbécile ! Cet idiot ! » C'est ainsi que s'exprimait le député
socialiste italien Ottaviano Del Turco, jeudi 11 mars, pendant une émission
télé appelée « Zona Rossa ». Sur l'écran défilaient les images de Cesare
Battisti qui sortait de prison, huit jours plus tôt. Peu avant, un ancien
magistrat, Ferdinando Imposimato, s'adressait au public, tout fier : « Nous
ne lisons pas les romans de ce M. Battisti, n'est-ce pas ? » Des spectateurs
jusque-là passif applaudissaient, enthousiastes.
Cela donne l'idée du climat de lynchage que les médias ont alimenté en
Italie après que Cesare Battisti a obtenu la liberté conditionnelle. Il y a
des émissions contre lui deux ou trois fois par jour, sur toutes les chaînes
de télé et de radio. Les hommes politiques, de l'extrême droite jusqu'aux
partis de centre-gauche, de l'ancien fasciste Fini à l'ancien communiste D'
Alema, sont unis par une surenchère d'accusations contre Battisti et de
demandes qu'il soit extradé et enfermé pour toujours dans un pénitencier. On
parle d'une « Italie toute entière » qui se révolte, comme si un système
médiatique asservi à un système politique à majorité ultra-réactionnaire, et
une opposition faible et parfois complice, pouvaient réellement représenter
la société italienne dans sa complexité.
    Il faut bien comprendre ce point. L'Italie est le pays où une ancienne
présidente de la Chambre des députés, Irene Pivetti, devenue soubrette,
présente aujourd'hui une émission de variété sur la chirurgie esthétique. C'
est aussi le pays où l'ancien sous-secrétaire du ministère de la Culture,
Vittorio Sgarbi, faisait la pub d'une marque de café en plein exercice de
ses fonctions. Et l'Italie est encore le pays où une partie des anciens
communistes (« démocrates de gauche »), après avoir approuvé toutes les
guerres « humanitaires », « préventives », « démocrates », etc., refusent de
voter contre le financement de la prétendue « mission de paix » en Irak
voulue par Berlusconi ; où il est presque impossible de trouver des
différences de programme économique entre la majorité de droite et l'
opposition de centre-gauche, exaltant toutes les deux la « flexibilité » - c
'est-à-dire la précarité du travail - comme axe de la sortie de la crise ;
où M. D'Alema, lorsqu'il était chef du gouvernement, tachait ses mains en
renvoyant en Turquie le leader kurde Ocalan, réfugié en Italie. D'ailleurs,
entre ce geste et la demande d'extradition de Cesare, il y a, à bien
regarder, une sinistre cohérence.
    Mais, au-delà du monde politique, ce sont surtout les grands quotidiens
(sauf Il Manifesto et Liberazione) qui se sont chargé de modeler l'opinion
publique et de faire de Cesare Battisti un monstre, dans l'espoir peu caché
d'influencer la presse française, donc le public, donc les magistrats de
Paris...
    Ici, il faut distinguer les quotidiens italiens dits populaires et ceux
qui jouissent d'une certaine réputation, bien que le propos final soit le
même.
    Parmi les premiers, il y a par exemple trois journaux appartenant au
même
groupe éditorial : Il Resto del Carlino (Bologne), La Nazione (Florence), Il
Piccolo (Trieste). Ils sont sortis, samedi 6 mars, avec, en Une, un portrait
de Cesare Battisti, qui faisait une étrange grimace, et le titre, énorme :
« Ce n'est pas un martyre, c'est un assassin. » Le contenu était tout aussi
vulgaire. Surtout, il y avait le renfort d'intellectuels français favorables
à l'extradition - dans ce cas Max Gallo et André Bercoff, directeur de
France Soir. Peu honteux, dirait-on, de figurer entre des titres chargés de
haine.
    Autre trait commun, outre le langage exacerbé, aux médias populaires -
quotidiens de bas niveau, télé privée ou publique (en réalité il n'y en a qu
'une, en Italie), radio d'État - , c'est le défilé des « victimes de
Battisti », vraies ou présumées. On a vu on ne sait plus combien de fois à
la télé le fils paraplégique du joaillier Pier Luigi Torregiani ou le fils
du boucher Lino Sabbadin, tués par les PAC - Prolétaires Armés pour le
Communisme, le groupe de Cesare Battisti -, le même jour (16 février 1979),
l'un à Milan et l'autre près de Venise, à une demi-heure d'intervalle.
Et pourtant, s'il y a quelque chose de certain dans l'affaire judiciaire de
Cesare Battisti, c'est qu'il n'exécuta pas de ses mains ces crimes, dans les
deux cas. Son accusateur principal - Pietro Mutti, devenu « repenti » après
l'évasion de Battisti, faisant parti d'une autre organisation (Prima Linea)
et auteur de confessions douteuses (il soutint que les Brigades Rouges
auraient été armées par les Palestiniens) - a toujours nié la participation
directe de Battisti à l'attentat Torregiani, et la Cour lui attribua
seulement un rôle de "couverture" dans l'attentat Sabbadin (simultané à
l'autre). Battisti aurait participé à leur organisation, au seul titre de
membre des PAC. Le « repenti » Mutti, d'ailleurs, ne se faisait que l'écho
de rumeurs entendues dans le « milieu ».
    D'autre part, le cas Torregiani illustre bien le fonctionnement de la
justice italienne vers la fin des années 70 et le début des années 80.
Torregiani tua avec un ami, armé comme lui, un cambrioleur qui avait
assailli le restaurant milanais où il dînait, le 22 janvier 1979. Un client
innocent mourut dans l'échange de coups de feu. Moins d'un mois après,
Torregiani fut tué à son tour, devant sa bijouterie. Il blessa par erreur
son fils, qui est resté invalide (une bonne partie de la presse italienne
continue à écrire que le garçon a été blessé par Battisti en personne).
Pendant l'instruction judiciaire, menée contre un collectif de gauche du
quartier, il y eut une quantité de confessions « spontanées », dont
certaines franchement incroyables. Treize des « coupables avoués »
déclarèrent ensuite qu'ils avaient été sauvagement frappés et torturés par
la police. Les magistrats italiens, comme le veut la tradition (aucun des
policiers coupables d'avoir tué ou torturé des contestataires n'a jamais
fini en prison, en Italie ; et le cas de Carlo Giuliani est sous les yeux du
monde entier), ensevelirent dans leurs archives toutes les dénonciations. Ce
fut la première fois que Amnesty International se prononça contre un pays
occidental - l'Italie - pour recours à la torture.
    Le reste du procès - fondé initialement sur les confessions d'un garçon
aux graves troubles psychiques, qui ensuite se rétracta sans que l'on en
tienne compte, d'une fillette de quinze ans handicapée mentale, etc. -
tâtonna dans l'obscurité jusqu'à l'arrivée du « repenti » de service (quelqu
'un qui dénonce d'autres gens en échange d'une remise de peine : une figure
juridique que l'Italie a eu le « mérite » d'inaugurer).
    Tout cela est bien décrit dans un livre de Laura Grimaldi (Processo all'
istruttoria, éd. Milano Libri, 1981) qu'il faudrait traduire en français
pour faire comprendre comment fonctionnait la justice italienne pendant les
« années de plomb ».. Le fils de Laura Grimaldi fut à son tour accusé d'
avoir tué Torregiani, à cause du dessin d'un homme qui avait un fusil dans
une main et une bombe dans l'autre trouvé en sa possession. Dommage que ce
dessin n'ait pas été pas l'ouvre du jeune homme, comme on l'affirma : il
avait été fait en 1944 par un maquisard yougoslave, pour devenir ensuite l'
enseigne de l'armée de Yougoslavie.
    Les années 70 et le début des années 80 en Italie étaient d'ailleurs
celles où on arrêtait un pauvre diable pour avoir dessiné, sur la serviette
en papier d'une pizzeria, une étoile qui rassemblait à celle des Brigades
Rouges ; où on jetait en prison une vieille dame de 80 ans (« Nonna Mao »)
comme complice des terroristes ; où Toni Negri et une douzaine de
professeurs d'université étaient emprisonnés (le 7 avril 1979) comme « chefs
des BR », avant de reconnaître que ce n'était pas vrai et de changer de chef
d'inculpation pour les maintenir en prison ou dans l'exil ; où on fouillait,
section par section, les bulletins de vote pour voir si quelqu'un avait
tracé des mots et des dessins subversifs ; etc.
    C'est clair que la presse et les médias populaires n'ont aucun intérêt à
fouiller dans ce passé pas si propre. Il leur suffit d'avoir trouvé le «
monstre », de lui attribuer tous les crimes possibles en ignorant les autres
confessions peu utiles de son « repenti » personnel, d'ignorer tout de son
procès et d'exposer aux larmes du public les fils de ses « victimes » - plus
probablement victimes d'un procès-farce, sans confrontation réelle avec l'
accusé, jugé en son absence (sans droit à une nouvelle audience s'il est
arrêté, comme la loi italienne, seule exception en Europe, le permet
encore).
    Venons-en à la « grande presse » italienne, celle qui compte : La
Stampa, La Repubblica, Il Corriere della Sera, et quelques hebdomadaires.
Dans ce cas, il y a une évidente intention de plus grande ampleur : parler
aux frères « intellectuels » français et les faire revenir sur leurs pas.
Commençons par Barbara Spinelli, correspondante très respectée du quotidien
La Stampa à Paris. Son article a pour titre : « Pas lui, mais d'autres sont
les victimes. Chers amis français, vous vous trompez sur Battisti. » Il a
été traduit sur Le Monde du 13 mars.
    Spinelli accuse les intellectuels qui ont signé les pétitions
pro-Battisti d'ignorance : en vertu de leur penchant pour l'hospitalité et
de leur sympathie pour les rebelles, ils se seraient fait tromper. La
reconstruction des « années de plomb » en Italie à laquelle ils adhèrent
serait celle des réfugiés, et n'aurait rien à voir avec la vérité. Battisti
aurait été le « chef » des PAC, et, sans les exécuter personnellement (en ça
Barbara Spinelli est plus subtile que la majorité de la presse italienne),
il aurait « ordonné » les assassinats de Torregiani et de Sabbadin.
Les intellectuels français, nobles dans leur défense de Dreyfus et de
Solzenicyn, ne devraient donc se laisser tromper par le fait que Battisti
soit l'un des leurs, « un de Gallimard ». Ils devraient mieux s'informer :
Alberto Toscano, correspondant à Paris de Panorama, aurait déjà découvert
que le directeur de Marianne ne savait rien des crimes concrets attribués à
Battisti. Si les intellectuels français avaient vu à la télé, comme Barbara
Spinelli, le pauvre fils de Torregiani sur sa chaise d'invalide, ils
auraient mieux compris de quel côté est la justice.
    Voici un exemple de désinformation intelligente. Voyons donc les
éléments qui rapprochent Barbara Spinelli de ses collègues « de rang » :
 - On ignore, ou on fait semblant d'ignorer, que le refus d'extrader
Battisti s'appuie sur des principes qui n'ont rien à voir avec sa
culpabilité présumée. Les questions en jeu, en France, sont la possibilité
qu'une Cour revienne sur la chose jugée, qu'un État enlève tout d'un coup le
droit d'asile qu'il avait concédé pendant treize ans, qu'il accepte qu'un
prisonnier soit livré à la « justice » d'un pays qui maintient des
procédures typiques de l'Inquisition, comme le procès en contumace sans
possibilité de nouvelle audience si on capture l'accusé, ou l'abjure du
prisonnier comme voie vers la liberté, en confiant à l'autorité l'examen de
sa conscience individuelle.
 - On ignore presque tout du cas qu'on traite. Personne n'a accusé Battisti
d'être le « chef » des PAC, sauf une partie de la presse italienne plus
vulgaire, seulement pour faire les gros titres. Encore aujourd'hui, il est
tout sauf un idéologue. Si on l'accuse de quelque chose, c'est d'avoir «
participé » à deux des quatre assassinats qu'on lui attribue car il faisait
partie de l'organisation (60 personnes) qui les a revendiqués. Il n'a tué ni
Torregiani ni Sabbadin, c'est certain. Les deux autres accusations émanent
du « repenti » dont j'ai déjà parlé.
    Avant d'écrire une seule ligne, il faudrait savoir ces choses, si on a
le sens de l'honneur, et non pas accuser ses collègues français (plus
intéressés par les principes en jeu que par les détails) d'une ignorance qu'
on partage. D'ailleurs la « méthode Spinelli » est commune à la plupart des
éditorialistes de la presse italienne et des conducteurs de talk show.
Ainsi, Mario Pirani, ancien communiste et ancien dirigeant de l'ENI d'Enrico
Mattei, fait dans La Repubblica du 4 mars un portrait de Battisti totalement
fantaisiste : « membre des Brigades Rouges », « réfugié au Nicaragua »
immédiatement après l'évasion, converti en écrivain en France seulement
parce que ça pouvait lui garantir une vie « confortable et sûre » au milieu
des intellectuels du Quartier Latin (alors que Battisti a créé sa revue
littéraire lorsqu'il était au Mexique),  etc. Il est évident que Pirani ne
connaît rien de Cesare Battisti.
    Même chose pour Alberto Toscano, l'une des références de Barbara
Spinelli. Toscano, dans l'hebdomadaire berlusconien Panorama, immédiatement
après avoir accusé Philippe Cohen, de Marianne, de ne pas savoir de quoi il
parlait, décrit en détail, se fiant à une « source bien informée du
ministère italien de la Justice », la façon dont Battisti aurait
personnellement « fini d'un coup à la nuque, avec un sadisme glacial », le
boucher Lino Sabbadin pendant que celui-ci gisait blessé au sol.
    On a vu que Battisti n'a été accusé d'avoir exécuté directement ce
crime. Donc celui de Toscano n'est meme plus du journalisme. C'est de la
violence à l'état pur, contre quelqu'un qu'on sait impuissant à réagir par
voie judiciaire avec une plainte pour diffamation. C'est la fabrication
délibérée et patiente d'un monstre, jusqu'à créer une image capable d'
écraser sa cible contre un mur. C'est le « sadisme glacial » qu'on veut
prêter à Battisti. Non plus la « méthode Spinelli », mais la plus générale
« méthode italienne » de ces jours.
    Je termine avec le pire, qui nous vient du correspondant de La Stampa à
Paris, Cesare Martinetti. Celui-ci traduit pour le public italien une phrase
parue sur L'Humanité, qui sonne ainsi : Cesare Battisti a été condamné en
1987 par la justice d'exception - un tribunal militaire -, réservée aux
procès des militants de l'ultra gauche.
    La mention entre tirets - « un tribunal militaire » - est des juges
français qui les premiers rejetèrent la demande d'extradition de Battisti
venant d'Italie. Quant au fait qu'une justice d'exception était réservée aux
militants de l'ultra gauche, personne ne pourrait le nier.
    Mais voici comment le public italien a pu lire la même phrase, dans la
traduction de Martinetti : Battisti a été condamné en 1987 par le juge
spécial d'un tribunal militaire réservé aux procès des  militants de l'ultra
gauche.
    On doute que Martinetti, correspondant à Paris d'un des principaux
quotidiens italiens, ignore la différence entre « réservé » et « réservée »
(la « justice d'exception »). Et pourtant sa traduction est passée de
quotidien en quotidien, d'hebdomadaire en hebdomadaire, en devenant la
preuve de la méconnaissance que non seulement L'Humanité, mais les
intellectuels signataires de la pétition contre l'extradition, les citoyens
solidaires de Battisti - bref, une bonne partie de la France -, auraient de
l'Italie des « années de plomb », perçue comme semblable au Chili de
Pinochet.
    Tout est bon, donc - du mensonge pur à la traduction astucieusement
arrangée, de la « méthode Spinelli » au choix des photos les plus adaptées -
pour que le « monstre » Battisti et ses livres finissent d'être le
témoignage vivant du spectre qu'on veut cacher : l'adoption en Italie de «
lois d'exception » pour la plupart encore actives, qui ont permis des
centaines de procès-farces, des milliers d'arrestations sans preuve et le
massacre sommaire de toute une génération de rebelles.

Valerio Evangelisti



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Cesare Battisti : ce que les médias ne disent pas
par Wu Ming 1

Traduit du site littéraire italien Carmilla online
http://www.carmillaonline.com/archives/2004/03/000657.html#000657


Préambule
1. Les lois spéciales 1975-82
2. Terrorisme, conscience, "guerre préventive"
3. Censures et erreurs de la presse sur l'affaire Battisti
4. Le "mal français"
5 - Solution politique et amnistie
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    "Je ne peux cacher mon amertume en voyant resurgir certaines accusations
contre la magistrature italienne qui, comme le disait à l'époque Pertini,
contribua à arrêter le terrorisme tout en respectant la constitution et les
règles de procédure." Armando Sparato, La Republica, 8 mars 2004
"Vu la situation d'urgence [...] le gouvernement et le parlement ont le
devoir indéclinable d'adopter une législation spéciale (et le droit) de ne
pas se sentir strictement lié par la Constitution." Sentence 15/1982 de la
cour constitutionnelle. (c'est moi qui souligne)
    Après la mise en liberté surveillée de Cesare Battisti, les médias
italiens se sont déchaînés, déversant sur l'opinion publique tout le métal
fondu
pendant des années dans les hauts fourneaux du ressentiment, de la
vengeance, de l'obsession sécuritaire.
    Il est impossible de faire un compte rendu de tous les mensonges et les
aberrations écrits et transmis cette semaine. Il n'y a pas un seul article,
aussi bref soit-il, qui n'en contienne des dizaines. Même les détails
apparemment insignifiants sont erronés. Des faits et des personnages qui
n'ont rien à voir avec cette affaire sont jetés dans la marmite pour
troubler le bouillon, déchaîner la panique morale, empêcher à n'importe quel
prix l'usage de la raison.
    Un lynchage médiatique comme on n'en avait plus vu depuis longtemps,
auquel il est très difficile d'opposer des arguments, des éléments concrets
et des
reconstructions historiques un minimum approfondies.
    Et pourtant on ne peut pas renoncer à exercer la raison, on ne peut pas
courber le dos et se cacher la tête dans les mains en attendant que passe la
bourrasque. Quand bien même il s'agirait d'une entreprise désespérée, il
faut opposer la raison au fanatisme.
    On ne peut pas passer sous silence que, dans ce pays, celui qui continue
à s'opposer aux manipulations sécuritaires est destiné à se sentir seul : il
s'agit d'une de ces campagnes où l'on doit se garder des deux côtés, à
droite (cela va sans dire en français dans le texte, NDT) et à gauche.
Des deux côtés les arguments (même s'il est difficile de les appeler ainsi)
sont les mêmes.
    Cela ne devrait pas nous surprendre : parler de l'alerte au terrorisme
signifie revenir sur les déformations juridiques, les entorses
constitutionnelles et les pratiques inquisitoriales que le Part Communiste
Italien de la fin des années Soixante-dix (celui du "compromis historique"
et de la "solidarité nationale") soutint avec enthousiasme et abnégation.
Les mêmes personnes, aujourd'hui, dirigent le centre gauche. Ou plutôt
dirigent cette partie du centre gauche qui, comme les autruches, a récemment
mis la tête dans le sable irakien, en refusant de voter contre la
participation de l'Italie à l'occupation néo-coloniale de la Mésopotamie.
Ces mêmes personnes ont depuis longtemps délégué à une partie de la
magistrature debout les difficultés d'une opposition à Berlusconi qu'elles
n'étaient pas en mesure de conduire devant le Parlement (quand elles ne
refusent pas de le faire afin de continuer le "dialogue", la "responsabilité
face aux institution" et l'embrouille bipartite du moment).
    Nombre de "Juges rouges" (comme les appelle Berlusconi) sont les mêmes
qui instruisirent et conduisirent les grands procès contre le terrorisme
(vrai
ou présumé : les mouvements sociaux de l'époque furent passés dans la même
moulinette). La gauche est toujours guidée par la vision de l'histoire de
ceux qui écrivirent et approuvèrent les lois d'exception et de ceux qui
représentaient l'accusation aux procès qui en découlèrent.
    Il n'est pas surprenant que ceux qui, à l'époque, prirent et défendirent
des positions si drastiques, soient peu disposés à y revenir aujourd'hui
pour se
reconnaître des torts, ou au moins pour remettre leurs raisons en
perspective. Pour cette raison, aussi, qu'à droite, on donne sans pudeur
dans le Grand Guignol, on répand de la tripaille pour éclabousser de sang
tout le champ de la discussion, on frotte les yeux des téléspectateurs avec
des oignons. Avec l'arme de l'émotions incontrôlée et du chantage moral, on
rappelle à l'ordre la gauche "réformiste", on la pousse à condamner la
gauche "radicale", à diviser le camp de l'opposition. Comme si les
"réformistes" avaient besoin d'être poussés...
    Ainsi on condamne le Pays à l'éternelle peur des fantômes d'un passé,
qui en réalité ne passe pas, et n'est évoqué que pour des motifs de basse
cuisine
politico-électorale.


    1. Les lois spéciales 1975-82

    « Ce livre, je l'ai écrit avec colère. Je l'ai écrit entre 1974 et 1978
en contrepoint idéologique de la législation d'exception. Je voulais montrer
à
quel point il est équivoque de feindre de sauver l'État de Droit en le
transformant en État Policier. » (les italiques sont de l'auteur de
l'article) Italo Mereu, Préface de la deuxième édition de Histoire de
l'intolérance en Europe.
    Pour dire que le terrorisme fut combattu sans renoncer à la Constitution
et aux droits de la défense, il faut être mal informé ou menteur. La
Constitution et la civilisation juridique furent mises en lambeaux, décret
après décret, instruction après instruction.
    Le décret-loi n.99 du 11-04-1974 porta à huit ans l'incarcération
préventive, véritable "peine anticipée" contraire à la présomption
d'innocence (article 27, alinéa 2, de la Constitution).
    La loi n. 497 du 14-10-1974 réintroduisit l'interrogatoire de la
personne arrêtée par la police judiciaire, ce qui avait été aboli en 1969.
La loi n. 152 du 22-05-1975 ("Loi Réale"). L'article 8 rend possible la
fouille individuelle des gens sur place sans l'autorisation d'un magistrat,
bien que la Constitution (article 13, alinéa 2) n'admette "aucune forme de
détention, d'inspection, ou de fouille individuelle, ni aucune autre
restriction à la liberté personnelle, sans un acte signé par l'autorité
judiciaire et dans les seuls cas et modalités prévus par la loi."
    Dès lors, les forces de l'ordre purent (et peuvent toujours) fouiller
des personnes dont l'attitude ou la simple présence dans un lieu donné ne
lui
paraissaient pas justifiables, même si la Constitution (article 16) précise
que tout citoyen est libre de "circuler librement" où il veut.
    La "Loi Reale" contenait plusieurs autres innovations liberticides, mais
ce n'est pas ici le lieu de l'examiner. - Un décret interministériel du
04-05-1977 créa les "prisons spéciales".
    Ceux qui y entraient ne bénéficiaient pas de la réforme carcérale mise
en place deux ans auparavant. Le transfert dans une de ces structures était
entièrement laissé à la discrétion de l'administration carcérale sans
qu'elle ait besoin de demander l'avis du juge de surveillance. Il s'agissait
réellement d'un durcissement du règlement pénitentiaire fasciste de 1931 : à
cette époque, seul le juge de surveillance pouvait envoyer un détenu en
"prison de haute surveillance". Le réseau des prisons spéciales devint vite
une zone franche, d'arbitraire et de négation des droits des détenus :
éloignement du lieu de résidence des familles ; visites et entretiens
laissés à la discrétion de la direction ; transferts à l'improviste afin
d'empêcher toute socialisation ; interdiction de posséder des timbres
(prison de l'Asinara) ; isolement total en cellules insonorisées dotées
chacune d'une petite cour, séparée des autres, pour prendre l'air (prison de
Fossombro) ; quatre minutes pour prendre la douche (prison de l'Asinara) ;
surveillance continuelle et fouilles corporelles quotidiennes ; privation de
tout contact humain et même visuels par les interphones et la totale
automatisation des portes et des grilles etc.
    Tels étaient les lieux où les prévenus, selon la loi encore présumés
innocents, passaient leur incarcération préventive. La Constitution, article
27, alinéa 3, dit : "Les peines contraires au respect humain ne peuvent être
infligées aux condamnés et doivent tendre à sa rééducation du condamné".
Vers quelle rééducation tendait le traitement décrit ci-dessus ?
La loi n.534 du 08-08-1977, article 6, limita la possibilité pour la défense
de déclarer nul un procès pour violation des droits d'un accusé et rendit
encore plus expéditif le système des notifications, facilitant ainsi le
début des procès par contumace (contrairement au droit de la défense et
contre la Convention européenne des droits de l'homme de 1954).
    Le "décret Moro" du 21-03-1978 non seulement autorisa la garde à vue de
vingt-quatre heures pour vérification d'identité, mais il supprima la limite
de la durée des écoutes téléphoniques, légalisa les écoutes même sans mandat
écrit, les admit comme preuves dans d'autres procès que ceux pour lesquels
on les avait autorisées, enfin il permit les "écoutes téléphoniques
préventives" même en l'absence du moindre délit. Inutile de rappeler que la
Constitution (article 15) définit comme inviolable la correspondance et tout
autre moyen de communication, sauf dans le cas d'un acte motivé émis par
l'autorité judiciaire et "avec les garanties établies par la loi".
    Le 30-08-1978 le gouvernement (en violation de l'article 77 de la
Constitution) promulgua un décret secret qui ne fut pas transmis au
Parlement et ne fut publié dans le "Journal Officiel" qu'un an plus tard. Ce
décret donnait au général Carlo Arberto della Chiesa - sans pour autant le
décharger du maintient de l'ordre dans les prisons - des pouvoirs spéciaux
pour lutter contre le terrorisme.
    Le décret du 15-12-1979 (devenu ensuite la "Loi Cossiga", n. 15 du
06-02-1980), non seulement introduisit dans le code pénal le fameux article
270 bis (1), mais il autorisa aussi la police, dans le cas de délits de
"conspiration politique par le biais d'associations" et de délits
"d'associations de malfaiteurs", à procéder à des arrestations préventive
d'une durée de 48 heures, plus quarante-huit heures supplémentaires de garde
à vue afin de justifier les mesures prises. Pendant quatre longues journées
un citoyen soupçonné d'être sur le point de conspirer pouvait rester à la
merci de la police judiciaire sans avoir le droit d'en informer son avocat.
Durant cette période il pouvait être interrogé et fouillé et dans de
nombreux cas on a parlé de violences physiques et psychologiques (Amnesty
International protesta à plusieurs reprises). Tout cela grâce à l'article 6,
une mesure extraordinaire qui a durée un an.
    L'article 9 de la loi permettait les perquisitions pour "raison
d'urgence" même sans mandat. La Constitution, article 14, dit : "Le domicile
est
inviolable. On ne peut pas y effectuer d'inspections, de perquisitions ni
d'arrestations, sauf dans les cas et les modalités prévus par la loi et
selon les garanties prescrites par la protection des libertés personnelles"
(c'est moi qui souligne). En quoi consiste cette protection des libertés
dans un système où sont légalisés l'arbitraire, les lubies du policier, la
faculté de décider à vue s'il est nécessaire d'avoir ou non un mandat pour
perquisitionner ?
    Dans l'article 10, la fin de l'incarcération préventive pour délits de
terrorisme était prolongée d'un tiers par échelon judiciaire. De cette
manière, jusqu'à la Cassation, on pouvait atteindre dix ans et huit mois de
détention en attendant le jugement !
    Avec l'article 11, on introduisit un grave élément de rétroactivité de
la loi, permettant d'appliquer ces nouveaux délais aux procédures déjà en
cours. Le but était clair : repousser les dates butoirs afin d'éviter que
des centaines d'enterrés vivants attendent leur jugement à l'air libre.
La "loi sur les repentis" (n 304 du 29-05-1982) couronna la législation
d'exception en concédant des remises de peine aux "repentis". Le texte
parlait explicitement de « repentir » : nous voici revenus aux tribunaux de
conscience, à l'Inquisition. Dans un livre qui, ces derniers jours, a été
souvent cité (sur le Net mais certainement pas dans les médias
traditionnels), Giorgio Bocca se demandait qui pouvait bien être ce
"repenti". « Une personne qui, par convictions politiques, a adhéré à un
parti armé et qui ensuite, après un revirement d'opinion, s'en est dissocié
au point de le combattre, ou encore quelque aventuriste qui s'est amusé à
tuer son prochain et qui, une fois capturé, essaye d'échapper à la punition
en dénonçant tout et n'importe qui ? »
    Je cite le groupe musical "Elio e le storie tese" : « Je pencherais pour
la seconde hypothèse / parce qu'elle exhale une odeur nauséabonde » (chanson
de
"Urna", 1992).
    Bocca poursuivait : "Sont-ils des terroristes repentis ces petits chefs
terroristes qui ont commencé par envoûter les collégiens, les ont convaincus
de s'enrôler et les ont dénoncés pour jouir de la clémence des juges ?
Sont-ils des repentis sincères ceux qui, en l'absence de dénonciations
sérieuses, les ont inventées ? L'état de droit, ce n'est pas la morale
absolue ni l'observance rigoureuse des lois en toutes circonstances, mais
bien la distinction et le contrôle des fonctions. Dans un état de droit, la
police se laisser aller à des méthodes inquisitoriales, mais le citoyen peut
raisonnablement compter sur le contrôle de la police par la justice.
Cependant si l'on accepte, avec la loi sur les repentis et assimilés, que
juges et policiers jouent le même rôle, quel contrôle sera alors possible ?
Toutefois on dit que la loi sur les repentis a été efficace, qu'elle a
permis des centaines d'arrestations et la fin du terrorisme. C'est confondre
la cause et les effets : ce ne sont pas les repentis qui ont vaincu le
terrorisme mais c'est la défaite du terrorisme qui a créé les repentis. On
devrait se demander si la loi a été ou non bénéfique à ce bien suprême d'une
société démocratique qu'est le système des garanties juridiques. La réponse
est que les dommages l'ont emporté sur les avantages, même si une opinion
publique, indifférente au thème des garanties jusqu'au jour où elle est
directement et personnellement touchée, fait semblant de ne pas s'en rendre
compte. Le fait est qu'une bonne partie de la magistrature debout s'est
laissée séduire par les résultats faciles et éclatants du système des
repentis, qu'elle a pris pour argent comptant les déclarations des repentis
jusqu'à renverser les fondements du droit, que les rumeurs ont remplacé les
preuves. De grand procès ont été bâtis sur les déclarations de repentis, on
a effectué des centaines d'arrestations avant de rassembler les preuves.
Un magistrat italien a pu déclarer à une radio française, à propos de
l'affaire Hyperion... « Je n'ai pas de preuves mais j'en trouverai ». Les
hommes politiques, les enseignants, les moralistes ne se sont pas préoccupés
des conséquences inquisitoriales de la loi, de la chaîne infernale des
délations incontrôlables qu'elle mettait en mouvement.
    La réaction des victimes de la délation a été, comme on pouvait le
prévoir, féroce, une série de cadavres de « balances » ont été ramassés
après coup
par les gardiens de prison, selon la loi barbare de nos prisons. Dans la
fosse aux serpents tout est possible et rien n'est contrôlable. »
Je vous demande pardon pour la longueur de cette citation, mais je crois
qu'elle en valait la peine.
    La Cour Constitutionnelle ne put nier que toutes ces lois étaient
constitutives d'un état d'exception : elle décida tout simplement que, "vu
l'urgence", c'était bien comme ça. Ponce Pilate a encore les mains dans la
cuvette. Il n'y a pas de mauvaise mémoire publique qui puisse écarter cette
réalité, il n'y a pas d'ex PM (ministère public) qui puisse arriver à me
faire accepter cette barbarie au nom de la "Raison d'État", aucune gauche
respectueuse de la loi ne pourra jamais me convaincre du bien fondé de tout
cela.


    2. Terrorisme, conscience, "guerre préventive"

    C'est justement l'état d'âme, la pensée cachée et non dite, la
désobéissance intérieure, qui deviennent l'objet des enquêtes, puisque c'est
ce que les
juges aspirent à vérifier... Dans les procès de ces dernières années, on a
soumis à l'évaluation du juge pénal des comportements tels que la création
d'un collectif de travailleurs opposé au syndicat, l'organisation de
séminaires autogérés, la collaboration à un périodique lié à une structure
associative considérée comme illicite par le biais d'un article au contenu
illicite, l'intervention devant une assemblée universitaire, et,
généralement, tout échange de documents politiques, lettres, coups de fils,
etc, dont le contenu n'est pas pénalement punissable.
    Antonio Bevere, Processo penale e delitto politico, ovvero della
moltiplicazione et dell'anticipazione delle pene, (Procés pénal et délit
polique, ou de la multiplication et de l'anticipation des peines) dans
Critica del dritto (Critique du Droit). 29-30, Sapere 2000, Avril-Septembre
1983.
    La Constitution, article 27, alinéa 1, dit que "la responsabilité pénale
est personnelle". Pourtant notre code pénal (qui remonte au fascisme et qui
fut
durci sur plusieurs points à l'époque des lois spéciales) pullule de délits
comme le "concours moral" ou l' "adhésion psychologique" au délit, ainsi que
de toute forme de délits associatifs que l'on puisse imaginer sur la surface
de la terre.
    Une grande partie des instruction sur le terrorisme travaillait surtout
sur ces éléments mais aussi sur les soupçons et les intentions (le fameux
"être
sur le point de")selon une idée extrêmement répandue du concours, du recel
et des contiguïtés.
    On en arriva à théoriser les "intentions terroristes" comme existant
"au-delà du but immédiatement poursuivi par la personne agissante (meurtre,
dégâts, etc.)" et de le définir comme un "délit à forme libre" où le dol
spécifique "offre l'élément unificateur et l'essence des délits terroristes"
(c'est moi qui souligne) (2). Plus simplement c'est l'intention qui est
terroriste, la fin ultime, même s'il faut faire abstraction des faits
concrets. Ce n'est pas étonnant si, dans de nombreuses affaires, on finit
par faire le procès de la personnalité et de l'idéologie des accusés,
n'hésitant pas à identifier cette dernière d'après leurs relation amicales
avec Pierre et Paul ou parce qu'ils ont hébergé Jacques.
    On est terroriste, indépendamment même de ce qu'on fait. C'est
l'intention qui est terroriste, c'est contre elle qu'est menée une "guerre
préventive",
ce qui est typique de la société de contrôle. Il y a "conspiration", même si
elle a abouti sur rien. On peut vous accuser de d' "insurrection" même si
l'insurrection n'a pas eu lieu. : comme dit Pietro Calogero, il s'agit d'un
"délit à consommation anticipée", ce qui veut dire plus simplement - que le
vrai délit est de "vouloir" l'insurrection.
    Tribunaux de la conscience.
    Je ne suis pas juriste, pourtant il me semble que je peux saisir le
noyau idéologique ; le "meme" de cette idée de "prévention" à la même
époque,
Outre Atlantique, dans l'Anti-Riot Act - avril '968, conçu et utilisé contre
les mouvements afro-américains et la mobilisation pour mettre fin à la
guerre au Viêt-nam. Cette loi punit ceux qui, au cours d'un déplacement sur
le réseau routier ou pendant l'utilisation des infrastructures du réseau
routier, commettent des actes destinés à "inciter, organiser, promouvoir,
encourager, participer et fomenter une émeute [riot] ou aider quelqu'un dans
ce sens". Selon la loi américaine, un riot est un rassemblement de cinq
personnes ou plus qui, en se comportant de manière violente ou en menaçant
de le faire, mettent en grand péril les personnes ou les biens.
Pour résumer, certains membres des mouvements américains furent soumis à des
enquêtes, jugés et condamnés pour avoir voyagé sur le réseau routier dans
l'intention d'aider quelqu'un à encourager le rassemblement de cinq
personnes risquant de se comporter de manière à causer des dommages à la
propriété d'autrui. J'espère avoir démontré clairement la grande distance
qui sépare la personne du délit présumé.
    Qu'il soit bien clair que je ne suis pas en train de dire que tous les
accusés des procès contre le terrorisme étaient étrangers aux faits
reprochés, loin de là. Toutefois, beaucoup de gens furent jugés et condamnés
non pas pour des actes spécifiques mais plutôt au nom d'une idée abstraite
de "spécificité terroriste". Le légendaire "procès d'intention" devint une
réalité grâce à la Raison d'État.
    Les effets de cette déformation sur l'opinion publique perdurent encore
aujourd'hui.
    Ce n'est pas un hasard si ce qu'on reproche le plus à Cesare Battisti,
c'est de "ne pas s'être repenti".
    Ce n'est pas un hasard si la croissante "monstrification" médiatique de
Cesare Battisti, fait désormais abstraction des délits pour lesquels il a
été condamné et se concentre sur son style de vie d'aujourd'hui, on l'accuse
d'être "lâche" parce qu'il a fuit, d'être "fourbe" parce que le "lobby des
écrivains de gauche" le protège, on l'agresse avec des flashes à bout
portant à sa sorti de prison afin d'obtenir des images étranges, de figer la
grimace fugace et de le balancer à la une des journaux pour montrer à quel
point il est "affreux, sale et méchant".
    Un journaliste de l'Unità (journal du Parti Communiste Italien) se
demande :
"Battisti est-il toujours convaincu que tuer le boucher Lino Sabbadin ou le
bijoutier Pierluigi Torregiani fut un acte révolutionnaire ?"
Dans un pays laïc, réellement dominé par une culture du droit et des
garanties, la "conviction" de Battisti, la "pseudo-enquête psychologique"
sur son repentir, seraient hors sujet et n'auraient aucune influence."


    3. Censures et erreurs de la presse sur l'affaire Battisti

    Mon objectif n'est pas de démontrer que Cesare Battisti est innocent. Ce
n'est ni à moi ni à l'opinion publique d'en juger. Ce que je tiens à faire
comprendre, c'est qu'en général la manière d'aborder cette affaire souffre
de toutes les distorsions, vices de procédure et imbroglio non résolus de la
période de l'état d'urgence. Ce sont ces éléments, dont on ne veut pas faire
table rase, qui empêchent une analyse rationnelle, laïque et constructive.
Les reconstitutions hâtives du cas judiciaire de Cesare Battisti, éditées
dans la presse italienne, sont très éloignées de la réalité des faits et
même en contradiction avec les actes de l'instruction et des procès. Si même
un des PM (Ministère Public) de l'époque glisse des erreurs grossières dans
sa lettre ouverte, écrivant par exemple que le bijoutier Torregiani avait
tué un cambrioleur dans son propre magasin alors que ça s'est passé au
restaurant Transatlantico (3), que penser des simples commentateurs de
versions de quatrième main ?
    Tous, vraiment tous, répètent que Battisti a tiré sur Torregiani et sur
son fils de treize ans, condamnant ce dernier au fauteuil roulant. Alberto
Torregiani a même été interviewé par les chaînes télévisées qui l'ont
présenté comme "victime de Cesare Battisti. Pourtant, selon les dires du
même ex-P.M, Battisti ne faisait pas partie du commando qui a tué
Torregiani. (4) Battisti a été condamné pour avoir "conçu" et/ou "organisé
ce crime, conclusion très difficile à démontrer, entièrement basée sur des
présomptions et des témoignages de "repentis". C'est une des choses qui, de
l'autre côté des Alpes, fait tiquer aussi bien la justice que l'opinion
publique. Battisti est également dénoncé par des "repentis" en tant que
responsable de deux meurtres perpétrés le même jour à la même heure. Face à
cette évidente impossibilité logique, le tableau se modifie, il serait
exécuteur matériel de l'un (meurtre de Sabbadin) et "concepteur" de l'autre
(crime Torregiani). De plus il serait également responsable de dizaines et
dizaines de braquages et, en général, de tous les délits commis par
l'organisation dont il faisait partie, les Prolétaires Armés pour le
Communisme (groupe qui eut une existence assez brève).
    Ceux qui ignorent à quel point notre droit (surtout celui des lois
spéciales anti- terrorisme) est entaché de contiguïtés, de complicités et de
"co-participations" de toutes sortes, ne peuvent que s'étonner et trouver
des contradictions dans le tableau dépeint par la sentence. Je ne suis pas
en train de mener une contre-enquête, ce qui m'importe de comprendre c'est
pourquoi, devant les énormes idioties relatées dans les médias sur le rôle
de Battisti dans le meurtre de Torregiani, monsieur Sparato n'a pas agi dans
l'intérêt d'une information juste et d'une meilleure compréhension de
l'affaire, en prenant papier et stylo pour expliquer "Attention, ceci est-il
vrai ? » Pourquoi, bien que sachant parfaitement que Battisti n'a jamais
tiré sur un petit garçon sans défense, Sparato n'a-t-il pas démenti le
hurlement des chiens de l'information ? Pense-t-il avoir fait honneur à la
fonction publique qu'il exerce en se comportant de manière si hésitante ?
Le directeur d'un journal raciste, lors d'une émission télé, a crié, sur le
registre de l'hystérie, que Cesare Battisti "a tiré dans le dos du bijoutier
Torregiani", décrivant le guet-apens de manière encore plus ignoble que ce
qu'on peut imaginer. Mais Battisti n'y était pas, comme nous l'a confirmé Mr
Spataro. En outre, Torregiani - qui portait un gilet pare balles - affronta
le commando et répliqua aux tirs. Ce qui rend la tragédie plus amère, c'est
que ce fut une de ses balles qui frappa son fils Alberto.
    La veille, Torregiani dînait au Transatlantico avec un de ses clients,
M. Lo Cascio. À un moment donné deux hommes entrèrent dans le restaurant et,
sous
la menace de leurs armes, dérobèrent portefeuilles, bijoux, montres etc. Se
comportant de manière pour le moins "imprudente" Torregiani et Lo Cascio
dégainèrent leurs pistolets et déclenchèrent une fusillade au cours de
laquelle un des braqueurs et un client furent tués, ce dernier serait encore
vivant si tout les monde avait gardé son sang froid au lieu d'essayer de se
faire justice soi-même.
    Ce fait divers ne justifie en rien la justice sommaire des P.A.C.,
d'autant plus que si Torregiani s'est rendu coupable lui même de justice
sommaire, en
le tuant et en blessant un innocent cette organisatio ne fit que répéter
l'histoire de la veille.
    Mais justement, comme il est hors de question de justifier cet attentat,
pourquoi soustraire cet épisode de toutes les reconstitutions de l'affaire ?
Pourquoi cacher ce premier maillon de la chaîne ? Peut-être parce que
Pierluigi Torregiani ne peut être décrit comme un être humain, avec ses
contradictions et ses tragiques erreurs, mais seulement comme une "héros
bourgeois", un saint défenseur des biens, un chevalier blanc, pour que
Battisti apparaisse encore plus sanguinaire et monstrueux ?
    Et encore pourquoi omettre de citer les protestations d'Amnisty
International pour la manière dont ont été traités les suspects pendant leur
garde à vue, utilisant le terme sans équivoque de "torture" ? Vrai ou faux ?
Ce n'est pas en se taisant qu'on trouvera la réponse.


    4. Le "mal français"

    "Mais comment se permettent-ils ces Français ? Pensent-ils pouvoir nous
donner des leçons ?" Voilà un des leitmotivs de ces derniers jours.
Ressentiment envers l'opinion publique française qui ne veut pas nous rendre
un "boucher", un "monstre". Comme ils sont arrogants, nos "cousins" !
"Ils sont fous ces Gaulois !".
    Au lieu d'essayer de comprendre le point de vue des autres, nous
considérons que c'est "nous" qui avons raison de manière évidente et
indiscutable. Et on
ne se rend pas compte que, pendant que nous les accusons de se mêler de nos
affaires, c'est nous qui nous mêlons des leurs.
    Pourquoi les Français devraient-ils renier une pratique juridique
vieille de
plusieurs dizaines d'années, la dénommée "Doctrine Mitterrand", respectée
par tous les gouvernements de gauche comme de droite qui se sont succédés
depuis, simplement parce que leur ministre Perben a passé des accords avec
notre ministre Caselli ?
    Si le ministre de la justice chinois, ou birman, au nez et à la barbe
des lois italiennes qui interdit l'arrestation et l'extradition des
personnes
condamnées à mort dans leurs pays d'origine, obtenait de Caselli
l'arrestation et l'extradition d'un réfugié (appelons-le Chèsàré Xiliren),
ne réagirions-nous pas avec force ?
    Et si nous apprenions qu'un tribunal italien a déjà examiné le cas de ce
Xiliren en 1991, prononçant un avis défavorable à son extradition, et qu'il
revient sur cette décision alors qu'aucun élément nouveau ne justifie une
nouvelle arrestation et un réexamen de l'affaire treize ans après ?
Et si, pour couronner le tout, Chèsàré Xiliren n'avait jamais commis aucun
délit dans notre pays, se comportant, au contraire, de manière exemplaire et
contribuant de surcroît à la culture nationales ?
    Cet exemple présente un défaut : la Chine et la Birmanie ne font pas
partie de l'Union Européenne. En fait ce ressentiment à l'égard des Français
se
fonde sur l'idée que nos "cousins" sont en train de faire obstacle à
"l'espace juridique européen". Cette critique vient d'un pays, le nôtre, qui
a été critiqué et condamné plusieurs fois par la cour de Strasbourg ; d'un
pays qui pendant plus de quarante ans, n'a pas respecté la Convention
européenne en ce qui concerne la condamnation par contumace ; d'un pays qui,
pendant et après le G8 a gardé en détention des citoyens européens sur la
base d'accusations invraisemblables, s'attirant même la protestation
officielle du gouvernement autrichien. En outre l'Italie détient
actuellement la première place parmi les gouvernements les plus
"anti-européens" et a été la risée de tout le monde pendant le semestre où
elle a présidé l'UE . Pouvons-nous vraiment nous permettre de critiquer qui
que ce soit sur ces sujets ?
    Ensuite il y a ceux qui disent que les Français ne sont tendres qu'avec
les terroristes des autres, traitant très mal les leurs. Sans aucun doute.
Contrairement aux affirmations de nos médias, la France n'est pas un pays
qui félicite les militants de la lutte armée en leur tapant amicalement sur
l'épaule. On les met en taule, comme dans le reste du monde. Nous pouvons
donc simplement conclure que la gauche française ne défend pas Battisti
parce qu'il a été un terroriste, mais malgré le fait qu'il l'ait été.
L'opposition à l'extradition dépasse largement Battisti et son parcours
personnel, bien qu'il soit opportun de noter qu'il n'a commis aucun délit
depuis trente ans et qu'il n'a aucun lien avec les nouveaux groupes armés.
    La campagne va bien au-delà, pour les Français, il s'agit de défendre un
principe, celui du droit d'asile, et un point d'honneur, celui de la parole
donnée par Mitterrand à nos compatriotes réfugiés dans l'Hexagone.


    5 - Solution politique et amnistie

    Il aura fallu un écrivain français, Daniel Pennac, pour réussir à parler
d'amnistie dans les pages d'un quotidien italien. Un de nos compatriotes
n'aurait probablement jamais réussi à passer certains "filtrages". Pennac,
interviewé par un quidam, a dit : « Avec la République l'amnistie est
devenue quelque chose de nécessaire à la conception républicaine de la paix
sociale. Il y a l'exemple de la Commune mais, plus près de nous, celui de
l'amnistie des membres de l'OAS, qui se sont battus avec bombes et violence
contre l'indépendance de l'Algérie. Pourtant, quatre ans après la fin de la
guerre, ils ont été amnistiés. Ils étaient d'extrême droite, ils ont tué, je
ne cautionne pas le fait qu'ils aient tué, mais il fallait les amnistier
[...]
    L'amnistie est le contraire de l'amnésie. Il s'agit de fermer une porte
pour permettre aux historiens d'analyser une période de manière moins
passionnelle. Il m'est difficile de l'admettre sentimentalement, surtout
quand on pense aux victimes. Toutefois il ne faut pas considérer le problème
d'un point de vue affectif. »
    C'est un souhait qui tombe dans l'oreille d'un sourd, dans ce pays on ne
peut affronter certaines choses qu'à coups d'émotions et de psychologie des
foules. On est encore hystérique sur les années Quarante, sur les foibe, sur
l'épuration sauvage des fascistes exécutée par les Volante Rossa et les
groupes similaires, alors comment imaginer que l'on puisse entamer un débat
sur l'état d'urgence sans remuer tout ce qui est exposé plus haut.
Surtout aujourd'hui, avec l'opposition à Berlusconi planquée derrière les
sacs de sable des tranchées judiciaires (un beau cadeau, avec beaucoup de
rubans, d'un certain leadership « girotondiste »(6)).
    Et pourtant il faut essayer. Je ne crois pas exagérer en affirmant que
ce pays ne pourra jamais s'améliorer sans réfléchir à ce qui s'est passé
dans
les années Soixante-dix. Et ce n'est qu'après l'amnistie des derniers
prisonniers et réfugiés de ce que la culture dominante appelle "les années
de plomb", après la solution politique d'un problème qui fut et reste
politique et pas seulement criminel, que l'on pourra espérer comprendre ce
qui s'est passé et comment ces événements ont conditionné la vie publique
italienne.

(Traduction : Arlette Raynal et Serge Quadruppani)

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Notes
* Wu Ming pseudonyme collectif (Wu Ming, en chinois, signifie « personne »)
d'un groupe de jeunes écrivains italiens liés au mouvement « no-global ».
On trouve leurs productions et leurs théories sur le refus du copyright sur
http://www.wumingfoundation.com.
Wu Ming 1 s'appelle Roberto Bui.

(1) Quiconque encourage, constitue, organise et dirige des associations dont
le but est de renverser l'ordre démocratique par la violence, encourt une
réclusion de 7 à 15 ans. Quiconque participe à de telles associations sera
puni d'une réclusion de 4 à 8 ans.
Dans le code pénal, l'article 270 existait déjà.
"Quiconque, sur le territoire de l'État, encourage, constitue, organise ou
dirige des associations destinées à instituer par la violence la dictature
d'une classe sociale sur les autres, ou à supprimer violemment une classe
sociale, ou encore à bouleverser les violemment l'ordre économique et social
constitués dans l'État, encourt une réclusion de 5 à 12 ans. Est soumis à la
même peine quiconque, sur le territoire de l'État, encourage, constitue,
organise et dirige des associations dont le but est la suppression par la
violence de tout ordre politique et juridique de la société. Quiconque
participe à de telles associations encourt une réclusion de 1 à 3 ans. Il
est évident qu'il s'agit du même délit. Dans ce cas pourquoi ce "double
emploi", si ce n'est pour isoler et amplifier la "spécificité terroriste" et
ainsi rallonger les peines ?

(2) Citation de ce qu'on nomme "Carte de Cadenabbia", document qui conclue
le colloque de magistrats en charge des principales enquêtes sur le
terrorisme, cit. R. Canosa - A. Santosuosso, Il processo politico in Italia,
Critica del Dritto (Le procès politique en Italie, Critique du Droit) N°
23-24, Nuove Edizioni Operaie, Rome, Octobre 1981-mars 1982, page 17.

(3) La reconstitution détaillée des événements qui suivent est tirée du
Processo all'instruttoria. Storia di un'inquisizione politica (Procès de
l'instruction. Histoire d'une inquisition politique) de Laura Grimaldi, Ed.
Milano Libri, 1981.

(4) D'après un texte d'Armando Sparato, repris intégralement dans "Se a
Parigi pari sono Battisti e Victor Hugo" de Mario Pirani, La Repubblica, 8
mars 2004, page 14.

(5) Foibe :

(6) De girotondi : mouvement de citoyens qui forment des « rondes » en se
tenant par la main autour de bâtiments (dont les palais de justice)
incarnant les institutions menacées par Berlusconi.
13.03.2004

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A UN CORRESPONDANT
(extraits)

CARLOS

(...)
j'ai oublié de Répondre sur Carlos ; cela me semblait tellement énorme comme
manip médiatique par TF1 allié objectif du gouvernement agissant des
pressions sur la chancellerie, qu'il m'avait semblé inutile de perdre de
l'énergie sur cette question quand les explications pour Battisti en
demandaient tant. Après réflexion et
relecture, il est bien vrai qu'à relire un mail se terminant par l'évocation
du contre exemple de Carlos, on ne peut se taire.

Il me paraît pourtant clair que la situation de Carlos incarcéré ne
l'autorisait pas à clamer son bonheur de tuer s'il n'avait pas été invité à
le faire... à renfort de quoi ? Rémission de peine, force fric, ou tout
simplement pression des services français ? A entendre son interview
accompagnée de photos réjouies, il jouirait donc visiblement d'évoquer sa
puissance passée au nombre de morts et à l'étendue de la terreur qu'il a
semés... et prêt à réactualiser ses actes... Cette apologie du terrorisme ne
tombait-elle pas à point pour édifier la campagne absconsse de Perben
légalisant une loi d'exception dans un Etat ne s'étant pas préalablement
proclamé comme tel par conséquent qui se dit toujours de droit ?

Carlos était un mercenaire qui a tenu un réseau armé en Occident au service
de
divers lobbies du Moyen Orient (pas toujours les mêmes malgré les
apparences) qui le payaient - et parfois de façon contradictoire. Il n'était
pas un militant des causes qu'il servait mais au contraire moyennant monnaie
sonnante et trébuchante, partie de son réseau l'aurait-il été (militant
d'une cause par ex pour les Palestiniens et vas voir encore lesquels,
financés par qui et soutenus secrètement par qui d'autre... ) ou se croyant
l'être et d'ailleurs : l'as-tu jamais entendu ou lu dans des professions de
foi ou des déclarations politiques ?

L'argent serait-il souvent venu du même côté encore que.. l'attentat d'Orly
relevait de la question arménienne non de la question palestinienne, le même
réseau aurait-il été utilisé : les arméniens l'ont payé en argent chrétien
libanais - c'est notoire - et il a monté le coup d'Orly ; pareil quand il
s'agissait de coups palestiniens et pourquoi pas du côté opposé... A
entendre son interview accompagnée de photos réjouies, il jouirait donc
visiblement d'évoquer sa puissance passée au nombre de morts et à l'étendue
de la terreur qu'il a semées...
C'est un criminel patenté, une sorte de toxicomane, un manipulateur.

En Italie c'était une lente guerre civile.

A.G.

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