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<nettime> 1914 - 2014: DEFILE OF A MASSACRE scenography o
Tjebbe van Tijen on Tue, 15 Jul 2014 18:31:20 +0200 (CEST)


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<nettime> 1914 - 2014: DEFILE OF A MASSACRE scenography o


1914 - 2014: DEFILE (1) OF A MASSACRE

the tableau picture belonging to this text can be found at:

https://www.flickr.com/photos/7141213 {AT} N04/14638005796/

Watching on television the military parade of the 14th of July on the Champs-Elysées in Paris, this year commemorating the centennial of World War I, with a whole battalion of young men dressed up as WWI cannon fodder (2), with François Hollande (supposedly a social-democrat) standing proudly next to a high up general, made me sick.

Everything was wrong here.... think about the murder of Jean Jaurès in 1914, one of the founders of the French social-democrat political party, who was a pacifist and had tried to prevent the First World War, arguing for a better French/German understanding. (3) Jaurès was murdered because of that pacifist stand.

Here we saw a commemorative military parade one century later, bluntly promoting militarism with a scenography of a mass of disciplined soldiers and their commanders with their gold braced uniforms with rows of medals they received for the courage of others, who did pay that honour mostly with their own life.

The lines of the opening sequence of the book of Céline "Voyage au bout de la nuit" (Voyage to the end of the night) come to mind. (4) The book that describes the horrors and dishonour of this mass-slaughter on the battlefield, opens up with a passage where the protagonist meets a friend on a Paris café terrace and has no intention to join army ranks, but a regiment of soldiers marching down the street, an impressive officer on horseback heading it, suddenly makes him change his mind and he enlists for going to the battlefront....

"We marched a long time. There were streets and more streets, and they were all crowded with civilians and their wives, cheering us on, bombarding us with flowers from café terraces, railway stations, crowded churches. You never saw so many patriots in all your life! And then there were fewer patriots… It started to rain, and then there were still fewer and fewer, and not a single cheer, not one. Pretty soon there was nobody but us, we were all alone. Row after row. The music had stopped. “Come to think of it,” I said to myself, when I saw what was what, “this is no fun any more! I’d better try something else!” I was about to clear out. Too late! They’d quietly shut the gate behind us civilians. We were caught like rats."

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Regarder à la télé le défilé militaire du 14 Juillet sur les Champs-Elysées à Paris, cette année commémorant le centenaire de la Première Guerre Mondiale, avec tout un bataillon de jeunes hommes vêtus de l'uniforme des Poilus (l'uniforme de la chair à canon, si l'on veut), avec François Hollande, soi-disant un social-démocrate, se tenant tout fier à côté d'un général, m'a rendu malade.

Tout était complétement faux ici... Pensez à l'assassinat de Jaurès en 1914, l'un des fondateurs du parti social démocrate francais, un pacifiste qui tenta alors d'empêcher la guerre, prônant une meilleure compréhension entre Français et Allemands. Jaurès fut tué à cause de son pacifisme.

Et voici que nous assistons, un siècle plus tard, à une parade militaire commémorative qui promeut, sans aucune honte, le militarisme, à renfort d'une chorégraphie de masse avec des soldats bien disciplinés et leurs commandants affichant des rangées de médailles bien astiquées et reluisantes, reçues pour les faits de bravoure accomplis par d'autres ayant perdu leur vie pour ça.

La scène au début du "Voyage au bout de la nuit" de Céline vient immédiatement à l'esprit. Le livre, qui décrit l'horreur et le déshonneur des massacres sur le champ de bataille, s'ouvre sur la rencontre entre Bardamu (le personnage principal et narrateur) prenant un verre avec un ami à une terrasse de café parisien. Il n'a alors aucune intention de s'engager mais le passage de soldats défilant sous la houlette d'un officier à cheval, le fait soudain changer d'avis et les suivre jusqu'à la caserne, où il se retrouve conscrit et bientôt envoyé au front...

<i>"Alors on a marché longtemps. Y en avait plus qu’il y en avait encore des rues, et puis dedans des civils et leurs femmes qui nous poussaient des encouragements, et qui lançaient des fleurs, des terrasses, devant les gares, des pleines églises. Il y en avait des patriotes ! Et puis il s’est mis à y en avoir moins des patriotes... La pluie est tom bée, et puis encore de moins en moins et puis plus du tout d’encouragements, plus un seul, sur la route. Nous n’étions donc plus rien qu’entre nous ? Les uns derrière les autres ? La musique s’est arrêtée. « En résumé, que je me suis dit alors, quand j’ai vu comment ça tournait, c’est plus drôle ! C’est tout à recommencer ! » J’allais m’en aller. Mais trop tard ! Ils avaient refermé la porte en douce derrière nous les civils. On était faits, comme des rats."</i>
[Céline "Voyage au bout de la nuit"]
https://archive.org/details/CelineVoyageAuBoutDeLaNuit

NB the top background picture element is taken from the graphic novel version of Céline's book drawn by Jacques Tardi (1988/2006)
Céline, Louis-Ferdinand, and Jacques Tardi. 1988. Voyage au bout de la nuit. Paris: Futuropolis.
http://www.worldcat.org/oclc/19372299";

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(1) defile 
- To make filthy or dirty; pollute: defile a river with sewage.
- To debase the pureness or excellence of; corrupt: a country landscape that was defiled by urban sprawl.
- To profane or sully (a reputation, for example).
- To make unclean or unfit for ceremonial use; desecrate: defile a temple.
- To violate the chastity of.

(2) Le défilé du Centenaire: "Du côté français, un peloton de militaires, vêtus de l'uniforme bleu horizon des soldats de 1914, escortera les délégations étrangères. Avant le défilé militaire, vers 10 h 30, le Chœur de l'armée française entonnera des chants de poilus. On notera dans le défilé traditionnel des forces, la présence cette année du 1er régiment de spahis, qui fête cette année son centenaire, ainsi que du 132e bataillon cynophile. C'est en effet en 1915 que furent décorés pour leur bravoure les premiers chiens que l'armée utilisait pour retrouver des soldats blessés."
http://www.lejdd.fr/Politique/Le-defile-du-Centenaire-675948

(3) There is a lot of historical documentation on-line on the position of Jean Jaueès in 1914... I just did choose two ones here... any interested reader will find many more sources.... all with the same essential pacifist position of Jaurès.

1914: HOW THE BLOODLETTING BEGAN
"The French bourgeoisie was faced with another problem: the attitude of the socialist leader Jean Jaurès. Jaurès was a reformist, at a moment in history when reformism became an untenable middle ground between bourgeoisie and proletariat, but he was profoundly attached to the defense of the working-class (and his reputation and influence among the workers was for this reason very great), and passionately opposed to war. On 25th July, when Serbia's rejection of the Austro-Hungarian ultimatum was reported in the press, Jaurès was due to speak at an electoral meeting in Vaise, near Lyon: his speech was devoted not to the election, but to the terrible danger of war. “Never in forty years has Europe been confronted with a more threatening and tragic situation (…) A terrible danger menaces peace, and the lives of men, against which the proletarians of Europe must make the supreme effort of solidarity of which they are capable."
http://en.internationalism.org/internationalreview/201401/9440/1914-how-bloodletting-began

Dernier discours de Jean Jaurès; Lyon-Vaise, le 25 juillet 1914)
<i>"Vous avez vu la guerre des Balkans; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d'hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d'hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.

Songez à ce que serait le désastre pour l'Europe: ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d'hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l'orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s'il nous reste quelque chose, s'il nous reste quelques heures, nous redoublerons d'efforts pour prévenir la catastrophe. Déjà, dans le Vorwaerts, nos camarades socialistes d'Allemagne s'élèvent avec indignation contre la note de l'Autriche et je crois que notre bureau socialiste international est convoqué.

Quoi qu'il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n'y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu'une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c'est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d'hommes de s'unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l'horrible cauchemar.

J'aurais honte de moi-même, citoyens, s'il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d'une victoire électorale, si précieuse qu'elle puisse être, le drame des événements. Mais j'ai le droit de vous dire que c'est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l'orage, la seule promesse d'une possibilité de paix ou d'un rétablissement de la paix.</i>
https://www.marxists.org/francais/general/jaures/works/1914/07/jaures_19140725.htm

(4) There are many editions of this book (published in 1932) available on-line... there is also an abundant academic discourse on why/how Céline changed into an anti-semite and a never ending discussion about his double role, as a critic of the barbarism of the First World War and his later political stance...
http://www.almaclassics.com/excerpts/journeyto.pdf


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