Gilles M on 4 Dec 2000 09:31:10 -0000


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[nettime-fr] @den n35


@den-Mailing-List.

Nouvelles de marronage culturel.

Edition du 03/12/2000 N°35

Elle était riche de vingt ans

J'étais jeune de vingt francs

Et nous fîmes bourse commune

Tristan Corbière.

 

http://users.skynet.be/aden-news/

 

Pourquoi et comment vous recevez ce mail ?

Voir en fin de message.

Les brèves.

Le King de l'hypocrisie.

Stephen King, auteur à succès de science-fiction, s'était drapé d'un bel étendard: celui du combattant héroïque contre les grandes maisons d'édition. Sur son site internet, il avait déclaré: " Nous avons l'occasion de devenir le pire cauchemar des 'Big Publishers'." Comment comptait-il s'y prendre ? En publiant régulièrement sur son site, des parties de son nouveau livre à télécharger contre rémunération. Le King était bien content parce qu'il allait gagner plus. Mais le hic, c'est que l'affaire à terme n'était pas assez rentable malgré des débuts prometteurs. Alors Stephen King a interrompu la publication de son roman. Ce qui n'est pas très bon pour le suspense. Business oblige et tant pis pour les lecteurs.                                                            Source: Libération du 30/11/2000

S'il y avait que la vache folle !

Annie Le Brun, astre indéfinissable de la littérature française, l'ouvre et c'est tant mieux: " La dévastation des forêts du Brésil ou d'Allemagne a son équivalent dans la forêt symbolique, dans l'ordre culturel. Si on a raison de s'alarmer contre l'alimentation dévoyée, il faut le faire aussi contre la mauvaise nourriture culturelle que l'on nous sert, qui ne vaut pas mieux que le crabe reconstitué." Bien entendu, les mauvaises langues diront que la médiocrité culturelle ambiante n'a jamais tué comme la maladie de la vache folle tue. C'est vrai ! Mais ne sous estimons jamais le rôle de la culture…

Source: Le Monde du 26 novembre 2000.

Shaft: la suite…

On a aimé le film Shaft. ( Voir @den n°34) Pourtant comme le souligne finement Toni Collette: " Notre remake est politiquement correct. Il n'y a pas de sexe. Ce n'est pas étonnant: les Américains sont coincés du cul. Ils ont un problème avec leur corps et avec leur sexualité." (1) Faut pas tirer des généralités mais bon, c'est quand même rigolo que le plus gros producteur de pornographie sur la planète, soit les Etats-Unis. Bacon, philosophe du 13ème siècle, se demandait " Pourquoi c'est dans les pays où il y a plus de nobles, que l'on trouve le plus de misère…" Et bien on pourrait ici se poser la même question: Pourquoi où il y a tellement de puritanisme, il y a tellement de pornographie ? Et si ceci expliquait cela…                                                            (1) 20 ans, octobre 2000

"Même les mégots étaient dans les cendriers."

@den vous a déjà causé de la lutte exemplaire des gars de Clabecq et du procès scandaleux qu'on leur impose. (1) Pas contents de la décision prise par les juges, les délégués syndicaux des Forges avaient décidé, le mercredi 22 novembre, d'aller occuper la FGTB ( syndicat socialiste) qui n'assumait pas son rôle dans l'affaire. L'occupation n'était pas du goût de la direction syndicale puisqu'elle fit appel aux forces de l'ordre pour déloger les occupants. Quand un syndicat fait appel aux flics pour régler un problème lié au monde du travail, cela devient inquiétant. Des artistes du COMITE CULTUREL POUR LES 13 de CLABECQ étaient présents sur les lieux et furent donc coffrés tout comme les syndicalistes et autres travailleurs venus apporter leur soutien à ceux de Clabecq. Bien entendu la presse se déchaîna et ceux qui luttent pour leurs droits se firent une fois de plus traiter de terroristes et autres noms d'oiseaux. La presse relaya des infos mensongères qui spécifiaient que les locaux du syndicat avait été dévastés. Face à des techniques dignes de Goebels, @den laisse la parole à ce comité d'artistes: " Comme le 17 décembre 1998, nous nous rendons au siège national, 42 rue Haute pour demander la réintégration des délégués. 10H30- Nous entrons massivement et pacifiquement dans les locaux, il est question ici de demander une rencontre avec les responsables, dont, en premier lieu, monsieur Nollet. Parmi nous, nombreux sont affiliés à la FGTB, il s'agit donc d'une demande de dialogue légitime. Notre manière d'exiger: Etre là tout simplement dans les locaux, de manière joyeuse et sereine. Dans la cage d'escalier, des chants et des pancartes. Et plus tard, les discussions en assemblée. En effet, puisque la réponse des dirigeants tarde à venir ( M. Nollet serait absent ), nous décidons d'attendre que le dialogue s'entame. Nous montons alors au 6èmè étage de la FGTB, et le débat s'ouvre. Faut-il rester ? Combien de temps devrons nous rester pour que la demande soit prise en compte ? Devrons-nous occuper les lieux à long terme en cas de silence prolongé ? Chacun est appelé à se prononcer sur l'utilité et le sens politique d'un tel geste. Puisque nous sommes nombreux, d'horizons divers, il nous semble que le moment est sans doute venu de poser les questions qui font débat depuis longtemps. La discussion est longue et, à 12H00, après un véritable exercice de démocratie directe*, la décision est prise d'occuper les lieux. Les revendications s'énoncent clairement:
- Prise en charge des frais du procès par la FGTB.
- Réintégration des 6 délégués exclus.                                                                                                                                (…) 17H45- La police de Bruxelles en "tenue de combat" entre dans la FGTB pour évacuer les lieux sans sommations. A la question: "Pourquoi suis-je arrêté? ", un policier répond: " Vous êtes au mauvais endroit, au mauvais moment, avec la mauvaise personne ". Nous sommes tous parqués, jeunes et vieux, assis par terre, emboîtés les uns dans les autres, menottés dans le dos et cela sans aucun ménagement; aux murs, les photos encadrées rappelant la mémoire des luttes syndicales passées. Nous sommes emmenés par fourgons entiers au commissariat de Bruxelles (une centaine d’arrestations). Nous voulons souligner ici et nous voulons aussi témoigner que nous membres présents ce mercredi 22 novembre n'avons assisté ou participé à aucun acte de menace, de violence physique ou de dégradation de matériel, même les mégots étaient dans les cendriers.
*Pour nous, démocratie directe n'est pas un vain mot: Nous entendons par là la possibilité donnée à chacun de prendre la parole sans que son propos soit émoussé, généralisé, globalisé, en gardant cette capacité du débat à
faire vivre les contradictions dans une compréhension politique de la situation. Voilà comment s'est déroulée cette journée pour nous, arrivés tôt le matin sous les jupes de pierre de la justice. Voilà comment ce geste qui nous semble toujours juste nous a menés à rencontrer concrètement les moyens répressifs qui sont d'usage dans cette affaire, à être arrêtés, humiliés et du coup discrédités. Voila pourquoi nous avons ressenti à quel point le
soutien à ceux de Clabecq dépasse amplement les limites de cette affaire, et nous voulions vous en faire part, à vous qui n'avez pu savourer avec nous la vue imprenable que l'on a sur Bruxelles du sixième étage de l'ancienne Maison du Peuple et le surréalisme toujours vaillant dans notre belle Belgique."

(1) Les articles sont disponibles sur le site d'@den dans l'option archive. L'ensemble du courrier de ce comité est disponible par mail: gilamaison@skynet.be ou directement au comité: artistclabecq@hotmail.com

C'est pas d'la culture ?

Ou il y a de la 'gègène' , y a pas de plaisir…

Alors que l'usage systématique de la torture par l'armée française lors de la guerre d'Algérie refait parler d'elle. Alors que les généraux responsables coulent des retraites heureuses et dorées, le premier ministre Jospin, homme de gauche sensible et raffiné, pense que la torture était faite de "dévoiements qui étaient minoritaires et n'étaient pas ignorés." (1) L'historien Vidal-Naquet se dit surpris que le premier ministre n'ait pas pris conscience du " caractère absolument banal de la torture en Algérie." Il existe une politique systématique en France pour minimiser les crimes de l'armée française. L'historien Benjamin Stora le souligne: " La classe politique fait bloc, de façon dure et homogène, autour de l'état, de l'armée et de la hiérarchie militaire." La palme du cynisme revient à Jean-Marie Le Pen, qui accusé lui même de torture en Algérie, vient de déclarer ce 1er décembre que la torture dépendait uniquement du 'terroriste' qui la subissait puisqu'il "pouvait la faire cesser en donnant des renseignements." L'occasion rêvée de se ruer sur le livre d'Henri Alleg, " La question" pour qu'il n'y ait plus de doute sur la nature du crime et sur ses auteurs.

(1) Toutes les citations viennent du Monde du 3 décembre 2000

Le courrier des lecteurs.

A propos de Hergé et de la censure…

Tintin suscite les passions. Un courrier abondant nous a inondés suite à l'article sur la censure du film de Michel Jakar par l'ex-femme d'Hergé.

"Léopold III admirait Hitler."

" Attention! la censure sur les personnages importants de la collaboration est infiniment plus forte.( Par rapport à Hergé, ndlr.) Dans une conférence, je dis que Léopold III admirait Hitler (Leopold III, Velaers et Van Goethem , Lannoo, Tielt, 1994 - en néerlandais). Scandale ("vous osez devant des jeunes!" etc.). Or c'est véridique, attesté (voir ce livre), par de nombreux témoins. La reine Élisabeth était dans le même sentiment, de même que la deuxième épouse de Léopold III (un antisémite au demeurant). La chose a provoqué l'insurrection populaire en Wallonie de juillet 50, très bien remémorée à Liège cette semaine (grande indifférence des médias). Comme ces événements ont ébranlé la Belgique, l'accord s'est fait pour les oublier. En chassant Léopold III, la Wallonie se chassait de la mémoire belge: elle est absente des médias, de l'École, de la culture "belges" pour cette raison. Notre histoire dérange les responsables, même wallons, honteux d'être là où ils sont grâce à un peuple qu'ils renient (sauf R. Collignon, aucun officiel wallon important à la commémoration de la mort de Lahaut en août à Seraing). Avant de parler de "repli wallon" (comme Le Soir) informons-nous! Conseil adressé notamment à Pierre Mertens empressé de faire la leçon aux Autrichiens pour mauvaise gestion de leur passé mais qui a exalté Léopold III dans son livre, mimant par là les pires personnages, et commettant (Inge Degn, professeure danoise de littérature) un "meurtre symbolique" des Wallons.
José Fontaine
PS: Dans la pédagogie antifasciste à l'école, il faudrait mettre en évidence le fait que nos deux derniers rois (Baudouin et Albert) ont été élevés par un père et une mère (adoptive) admirateurs d'Hitler, au lieu de se contenter de discours lénifiants sur l'antifascisme. Les familles (au sens large de "famille"), de ceux qui sont morts pour la Liberté et la Démocratie sont réduites au silence. La famille du collabo. Léopold III tient le haut du pavé et sert de caution morale à l'antifascisme. C'est par l'histoire, assumée ou non, qu'un peuple se rend digne de la citoyenneté et de l'identité d'aujourd'hui. La Belgique francophone a réussi à briser la dignité wallonne et lui a substitué le mensonge dynastique. La Flandre a eu le courage d'assumer ce passé au récent pélerinage de l'Yser, ce que personne n'a relevé...

"Il n'y a pas de censure réelle en Belgique mais bien une censure d'influence."

Cher Aden,
Je viens de lire l'article paru sur la forme de censure excercée sur le film de Michel Jakar. Ignoblement belge que cette histoire ! N'ayant pas vu le film, mais connaissant le travail de cet auteur (travail que je n'apprécie pas forcément d'ailleurs mais l'auteur est un des rares à réaliser des émissions engagées et avec une réelle écriture documentaire -sujet qu'il faudrait réaborder autrement et à un autre moment) je me permet néanmoins de prendre position et d'encourager à la résistance. Il n'y a pas de censure réelle en Belgique (si ce n'est sur la personne royale -avant et après sa
mort...- )mais bien une censure d'influence. Cette censure agit en totale illégalité et s'étouffe de la même manière qu' elle est née si d'autres influences équivalentes ou plus fortes viennent la contrecarrer. (…) Ce n'est pas la première fois que des babioles déguisées en prêtre par
exemple ou encore en vaillant chevalier pour la défense des oriflammes...mettent en place, par une série de coups de téléphone bien placés, un système de blocage tuant l'artiste, l'empêchant par des moyens totalement malhonnêtes, de diffuser son œuvre. Et je suis encore très gentille par rapports aux ladres qui acceptent de telles pressions...

Virginie Jortay.

"Hergé, non seulement blanchi mais prophète."

Je me rappelle des prises de position d'Hergé concernant l'Union Soviétique. Il y a 30 ans, trouver un exemplaire de "Tintin au pays des Soviets" était difficile. Le livre n'était plus repris dans le catalogue des œuvres d'Hergé. On considérait ce livre comme étant un péché de jeunesse tellement le propos semblait caricatural. Mais ce livre reflétait déjà les idées d'Hergé et s'inspirait d'ailleurs d'un livre paru à l'époque et écrit par un curé réactionnaire. Les bandes dessinées suivantes de Hergé contenaient des dessins douteux (caricature du Juif richissime) qui, dans les éditions ultérieures, ont été soigneusement remplacées par des dessins politiquement corrects. Mais sans jamais remettre en question l'auteur de ces dessins. Donc Hergé sortait blanchi de son passé de collaboration.

Aujourd'hui, on irait bien plus loin. Hergé avait raison. Récemment, j'ai vu un reportage concernant la publication dans le journal l'Humanité des planches de Tintin au Pays des Soviets. Les temps changent, déclarait la journaliste interrogeant ses collègues de l'organe du PCF. Mais elle concluait: "C'est normal, puisque maintenant on sait que ce qui était avancé dans cette oeuvre d'Hergé était la vérité". Voilà que Hergé devient un précurseur. Un peu comme ces volontaires de la LVF ou de la Légion Wallonie partis se battre aux côtés des nazis contre le judéo-bolchévisme: au fond les premiers dénonciateurs des "crimes des communistes", ce sont eux. Et voilà comment on retourne les événements. Hergé, non seulement blanchi mais prophète. Et Mme "Hergé" ne veut pas qu'on rappelle de mauvais souvenirs qui feraient tâche. Je remarque que certains "grands hommes" passent au travers du filet des bonnes consciences "humanistes" parce que leur œuvre ne peut occulter des "erreurs de jeunesse". Hergé était antisémite, mais Simenon également, ainsi que Ghelderode.

Marc V.

Rien d'autres à déclarer ?

- Mille excuses aux lecteurs qui écrivent à @den et qui n'ont toujours pas reçu de réponse. La rançon du succès nous impose de vous faire patienter. Mais réponse il y aura.

- Aidez-nous à augmenter la diffusion d'@den…envoyez-nous des adresses e-mail d'amis ou alors forwardez ce numéro. Le but: arriver à un tirage électronique de 3000 pour le 1er janvier 2001.

Gilles Martin, gilamaison@skynet.be

@den, édition du 03/12/2000, n°35, tirage: 2742 adresses électroniques.

Comment vous recevez @den.

Voici comment @den est arrivé chez vous.

1. L'inscription électronique.

Suite à un passage sur le site d'@den, suite à une intervention sur un forum de notre part, des gens décident de s'inscrire à la mailing list.

2. Le parrainage.

Des lecteurs qui apprécient le contenu d'@den nous filent des adresses d'amis.

3. Le travail militant.

A chaque rencontre dans un concert, dans un bistrot, dans la rue, je récolte des adresses e-mail.

4. La copie conforme et le spam.

C'est évidemment le point le plus délicat. Quand je reçois un mail intéressant avec des copies conformes visibles, j'envoies @den à ces adresses. Je pars du principe que c'est moralement acceptable puisque le but premier d'@den n'est pas commercial. Je m'interdis d'envoyer un mail trop lourd ( jamais de fichier attaché par exemple) afin d'éviter d'encombrer les boites à message et de prémunir chacun contre les désagréments des virus. Je pars du principe que les gens sont assez adultes pour se désinscrire si @den les emmerde. Ce qui arrive souvent. ( C'est rassurant !)

Il paraît qu'il existe une législation qui s'attaque à ce genre d'envoi non demandé. ( le spam) Et bien pourquoi ne pas sanctionner alors les firmes qui nous balancent de la pub dans nos boites aux lettres de rue. C'est le même principe sauf que le but ici est uniquement commercial. Et que je sache, un mail ne gaspille pas la moindre feuille de papier. Alors que ceux qui s'attaquent à ce genre de procédé commence par s'attaquer aux requins de la pub qui nous inondent. C'est clair qu'il est plus facile de se défouler sur un petit mail…

Le manifeste d'@den.

Le 'marron', cet esclave qui à l'époque de la servitude, brisait ses chaînes pour fuir l'ordre établi, et bien, le nègre marron m'a pris à la gorge. Et ce mot que je cherchais pour dire ma révolte de l'ordre culturel et de l'ordre tout court, ce mot qui souligne à merveille ce refus qu'on voudrait balancer à la gueule de ceux qui nous macdonaldisent, qui disneyisent, qui nous transforment en clochards de la culture, je le trouvais sur cette "île inquiète"(1): le marronage ! Aujourd'hui, en Occident, la chaîne n'emprisonne plus l'esclave au pied. Les chaînes de notre servitude sont aussi posées dans notre cerveau. Combien de Français, de Belges abrutis par Jean-Pierre Foucault ? A quoi rêvent encore les hommes écrasés par la Loterie Nationale et les rubriques zodiacales de je ne sais quel canard boiteux ? Pourquoi cet océan de verroteries ??? Le marronage m'apprend à vouloir casser mes chaînes et à prendre le maquis de la contre-culture. C'est là qu'est le vrai but d'@den car marronage signifie subversion et transgression d'un ordre contraire. En conséquence, je vous invite à partir dans la montagne bouter l'incendie de notre inaliénable révolte.

Gilles Martin

(1) La Martinique.