Zarana Papic on Fri, 07 May 1999 02:30:58 +0200


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Syndicate: [Fwd: A Belgrade, etc....)


-------- Original Message --------
Subject: A Belgrade, tout le monde a peur de la répression (Monitor), 30
avril 99 *
Date: Thu, 6 May 1999 17:15:29 -0400 (EDT)
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MONITOR 
Ranko VUJOVIC
30 avril 1999 (traduit par Jasna Tatar)

TOUT LE MONDE CRAINT LA REPRESSION DU REGIME

INTERVIEW DE NATASA KANDIC, DIRECTRICE DU FONDS POUR LE DROIT
HUMANITAIRE (BELGRADE)

Rencontre avec Natasa Kandic, directrice du Fonds pour le droit
humanitaire, de passage à Podgorica, une de ses escales sur la route
entre le Kosovo et Belgrade. Comme toutes ces années, elle fait le tour
du pays et collecte, infatigablement, les informations sur le sort des
gens. « Il serait déplacé, aujourd'hui, de parler des droits de l'homme,
il s'agit plutôt de rester en vie, de survivre en ces temps de guerre ».

MONITOR: Comment voyez-vous la situation actuelle à Belgrade ?
N.KANDIC: Tout le monde craint la répression du régime.Tout laisse
penser que si le « Belgrade citoyen » ouvrait la voix, cela provoquerait
arrestations et poursuites. Il y a ce décret  qui donne droit au
ministre d'envoyer en prison pour soixante jours toute personne qu'il
estime dangereuse pour la sécurité du pays. Les deux premiers jours de
bombardements ont amené une homogénéisation superficielle. On entendait
un seul discours - la dénonciation des bombardements de l'OTAN. Même si
cette opinion est toujours dominante, une analyse plus attentive montre
l'existence d'un certain nombre de gens qui sont d'avis que Milosevic
est  responsable de cette situation. Pour le moment, personne n'ose le
dire. La peur d'une répression capable de détruire tout ce que le «
Belgrade citoyen » a pu construire ces quelques dernières années est
toujours la plus forte. Il est dangereux, en ce moment, de dire quoi que
ce soit contre le régime, car il n'y a qu'un seul fait valable - c'est
qu'on b!
!
ombarde le pays.  Le problème est aussi que les communications sont
coupées. Depuis Belgrade, on ne voit pas ce qui se passe au Monténégro,
ni au Kosovo, et il ne faut pas s?étonner que l?opinion dominante soit
que la communauté internationale a décidé de punir la Yougoslavie pour
avoir essayé de défendre une partie de son territoire. On ne se rend pas
compte que le monde entier est, en fait, contre la politique du régime
de Belgrade. On ne voit pas que ce régime chasse la population de chez
elle, que des crimes sont commis depuis longtemps, qu'il est interdit au
tribunal international de se livrer à des investigations impartiales.

MONITOR : Quelle est la position des médias d'opposition à Belgrade ?
N.KANDIC : Il n'y a pas de liberté des médias. Les lois martiales sont
en vigueur. Le moindre article orienté contre l?armée, contre Milosevic,
serait qualifié comme un crime nuisible pour la capacité de défense de
l'Etat. Il y a une façon d?écrire qui est imposée. Chaque article,
chaque journal est d'abord vérifié par les organes militaires. Il n'y a
pas possibilité de faire passer un  seul article différent, d'un ton
différent.

MONITOR : Pourquoi les médias indépendants ont-ils accepté de travailler
dans ces conditions ?
N.KANDIC : La conséquence d?un refus serait la mort de ces médias, et
ils ont accepté de ne pas avoir le choix, d?être obliges de suivre ce
ton officiel. Ils vont tenter de maintenir leur identité et de ne pas
devenir les porte-parole exclusifs du régime.

MONITOR : Quelle est leur participation dans la politique menée
actuellement par Milosevic ?
N.KANDIC : Nous, à Belgrade,  nous soutenons tous, d'une certaine façon,
cette politique. C'est la première fois que Belgrade réagit comme cela,
mais c'est également la première fois que la répression est aussi forte.
C'est la première fois que Milosevic applique une répression aussi
sévère. Sa tactique précédente était de laisser de petites organisation
indépendantes travailler librement. 

MONITOR : L?assassinat de Slavko Curuvija (directeur du quotidien Dnevni
Telegraf, NDLT), représente-t-il un message pour le Belgrade citoyen ?
N. KANDIC : Cette mort a augmenté la peur, avant tout, de cette partie
de la société qui aurait peut-être pu s'adresser a Milosevic sur un ton
diffèrent, et lui demander sa responsabilité pour ce qui nous arrive. 

MONITOR : Comment les déclarations de Vuk Draskovic qui diffèrent
beaucoup du discours officiel sont-elles interprétées à Belgrade  ?
N.KANDIC : Ces déclarations sont publiques, mais sans commentaires
officiels. Sans soutien aux déclarations de Draskovic et sans
interprétation de leur contenu. La seule question  qu'on peut se poser
est de savoir si ces déclarations ont une valeur véritable ou bien si
elles sont seulement en accord avec le caractère de Vuk Draskovic. Il
dit quelque chose qui s'oppose à l?institution à laquelle il appartient
sans penser aux conséquences. Il semble, quand même, qu'il n?ait pas de
stratégie. Il est évident, par contre, qu'il était le premier à évoquer
un compromis et à rompre avec ce discours qui répète que la Serbie
vaincra l'OTAN et qu'elle défend l'Europe contre l'OTAN. Les
déclarations de Vuk représentent toujours une dissonance, mais  personne
ne connaît leur poids politique (propos recueillis avant le départ de
Vuk Draskovic du gouvernement, NDLT).

MONITOR : Depuis le début des bombardements, le Fonds et vous-même,
avez-vous eu des problème avec les autorités ?
N.KANDIC : Nous avons continué à travailler, mais les représentants de
la sécurité militaire m'ont rendu visite au début même des
bombardements. Cette visite représentait un avertissement de leur part.
Ils m'ont expliqué ce qui pouvait être caractérisé comme « criminel »
dans les nouvelles circonstances. Bien que rien ne soit arrivé, un grand
nombre de mes salariés ont quitté le Fonds, du fait la peur générale qui
domine à Belgrade. La disparition d?un étudiant allemand qui préparait
chez moi sa maîtrise sur la guerre en Bosnie a sûrement aggravé cette
peur. Il est parti le 4 avril pour l'Allemagne, et depuis nous n'avons
aucune nouvelle.  Nous n?avons pu obtenir aucune information sur la
disparition de Bodo Dober, d ela part des organes d?Etat. L'arrestation
de son professeur Hadzic, quelques jours après cet incident, est
cependant indicative. C'est grâce à cet exemple que nous nous sommes
rendu compte de l?évolution de la situation. Le journaliste Bahri Cani,
collaborateur d!
!
e longue date de Nasa Borba, et qui travaillait depuis un an pour
Deutsche Welle, a également disparu il y a quelques jours. Ces
disparitions et ces arrestations ont contribué à faire grandir la peur
chez des gens qui ont eu auparavant beaucoup plus de courage civil.

MONITOR : Avez-vous réussi a trouver des informations sur le destin des
gens au Kosovo depuis un mois ?
N.KANDIC : Il est difficile de se former une idée générale sur les
événements au Kosovo. Je possède certaines informations, mais elles se
fondent sur ce que j'ai vu personnellement. Les médias étrangers font
entendre des choses terribles, mais, en ce moment,  personne n'est
capable de vérifier ces informations. Il est impossible de pénétrer dans
certaines régions. Je suis allée a Pristina et j'ai des informations sur
ce qui se passe là-bas. J'ai vu que les processus de « nettoyage » de
Pristina a duré une semaine. C?était le cas dans les quartiers
périphériques. On a expulsé les gens en leur donnant cinq minutes pour
quitter leurs maisons et leurs appartements. Une partie de la
population, dans le centre même de la ville, est resté chez elle, malgré
une forte pression. Beaucoup de personnes connues, comme Adem Demaci et
Fehmi Agani font partie de ces gens-là. Ils sont très fermes dans leur
décision de rester jusqu'au bout. La situation dans la ville même est
assez variée. Dans!
!
 certains bâtiments vous trouverez une solidarité entre les Serbes et
les Albanais, tandis que dans d'autres quartiers, on ne permet pas aux
Albanais de sortir faire des courses dans les magasins. A Pristina, il
n'y a plus que des magasins serbes. On estime que 20% des habitants sont
restes en ville.

MONITOR : Il y a-t-il eu des liquidations destinées à faire peur à la
population ?
N.KANDIC :  Bajram Keljmendi, un des avocats les plus connus de Pristina
a été tué avec ses deux fils, la nuit du 25 mars. Cela a eu un  fort
retentissement dans la ville. Je ne  peux pas affirmer que ce meurtre a
été organisé par le pouvoir, car la ville débordait de différentes
formations paramilitaires. D?après la déclaration de l?épouse de
Keljmendi, il se serait agi de gens en uniformes. C?était probablement
une formation paramilitaire qui ne savait pas qui étaient leurs victimes
étaient, mais dont les membres était surtout désireux de piller la
maison de Keljmendi.

MONITOR : Avez-vous des informations sur ce qui s?est passé avec Rugova
?
N.KANDIC : A Pristina, personne n'est en contact avec Rugova. On lui
reproche beaucoup, au Kosovo, d'avoir accepté un rôle théâtral dans les
entretiens avec des représentants du pouvoir serbe. Il a voulu rester et
il l'a fait, avec sa famille. Il était persuadé de faire la meilleure
des choses. Cependant, il est devenu évident que celui qui reste là-bas
perd sa liberté. Il ne lui reste plus qu?à se taire. A la différence des
autres, Rugova a été soumis tout de suite au contrôle de la police.
Quoique les médias serbes en disent, il n'a plus de libre volonté. Il a
demandé à quitter le Kosovo, mais on ne le lui a pas permis, sous
prétexte qu'il pourrait être tué en route.

MONITOR : Quelle est la situation dans le reste du territoire du Kosovo
?
N.KANDIC : Nous tirons la plupart de nos informations du Monténégro,
auprès des réfugies qui sont à Rozaje et à Ulcinj. Il s?agit de la
population de la région de Pec. Il reste très peu de gens dans cette
ville. La moitié de la population a été chassée avec l'ordre de quitter
ses foyers en dix minutes. Quant aux habitants de Kosovska Mitrovica,
beaucoup d?entre eux sont passé par le Monténégro, mais ils ont, en
général, continué la route vers la Bosnie. Les autres ont fui dans
plusieurs directions. Cependant, Kosovska Mitrovica n'est pas détruite,
il n'y a pas eu de ravages ni d?incendie organisé des maisons.

MONITOR : Les villages sont-ils détruits ?
N.KANDIC : J'ai vu plusieurs maisons brûlées dans les environs de
Podujevo. L?Armée n?est pas présente là-bas, mais dans des villages des
alentours, 50 à 60 mille personnes sont de retour. Ce sont des gens qui
s?étaient enfuis dans les forêts depuis le début de l'offensive. On ne
les empêche pas de revenir dans leurs villages. Il y a par contre une
grande confusion à propos des réfugies. On les laisse sortir par les
frontières albanaises et macédonienne et après, on ferme la frontière.
Il y a des régions dans lesquelles il est possible de retourner, tandis
que le retour à Pec est interdit. La situation est chaotique. A Pec, par
exemple, les formations paramilitaires ont chassé les gens du 27 au 29
mars. Ensuite, le 30 mars, l?Armée est arrivée et a
ordonne aux gens de rentrer chez eux. Le jour suivant, une autre
formation paramilitaire les a chassé de nouveau. On sait que Djakovica
est détruite et que Prizren est intacte.

MONITOR :  Comment le Fonds et vous-même pouvez-vous travailler dans ces
circonstances ?
N.KANDIC : J'ai repris le travail de peur que l'on n'emprisonne mes
salaries. Je vais souvent au Kosovo et je n?écris que ce que j'ai vu de
mes propres yeux. Ensuite, j?envois ces communiques à une centaine
d'adresses électroniques. Je pense que c'est la meilleure façon de
procéder : je vois, j?écris, et je pense que c'est le plus sûr dans ces
temps où circulent tant de rumeurs et d?histoires non-verifiées.


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